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Bien-Etre |
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La lettre de l'AGRI Bien-être Animal Règlementation et protection animale
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Chef
de projet : Membres
du projet :
Le bien-être animal constitue une demande sociale et éthique croissante formulée aux éleveurs : émergence dans les milieux urbains d'une sensibilité à la souffrance animale, puis critiques vis à vis de l'agriculture intensive. Il existe aujourd'hui peu de travaux étudiant les représentations des éleveurs et des techniciens sur ces questions. Cette lacune peut constituer un des éléments d'explication à l'incompréhension réciproque entre les éleveurs et les autres citoyens relativement au respect du bien-être animal. Une meilleure connaissance de leurs représentations pourra aider les ICTA à adapter leurs outils de diagnostic et leurs actions de conseil sur ce thème. Les
objectifs de notre programme étaient au nombre de trois : Une rapide revue
bibliographique, que nous ne reprendrons pas ici, ainsi que l'expression de l'ensemble
des membres du comité scientifique du projet a mis en évidence de
façon claire la diversité des conceptions et des définitions
du bien-être animal, on peut par exemple identifier :
Nous
ne présentons pas ici les détails de la méthode utilisée,
mais simplement quelques éléments clés de synthèse. ·
les connaissances, c'est à dire les informations théoriques (scientifiques,
techniques ou empiriques) qu'ils utilisent. Nous
avons rencontré au cours de l'année 2000, environ 80 éleveurs
dans 6 régions différentes. Il s'agissait d'éleveurs de bovins
: laitiers, naisseurs et engraisseurs ; d'élevages de porcs et de volailles
en système industriel et dans différents systèmes alternatifs
(labels, plein air, sur paille...). Nous avons enquêté au cours de
l'année 2001, 29 intervenants en élevage dans 4 régions,
concernés par une ou plusieurs espèces. Il s'agissait de techniciens,
et travaillant dans des organismes de développement ou des groupements
de producteurs, ou de vétérinaires. 3 - Résultats des entretiens auprès des éleveurs Quelques points communs à toutes les enquêtes Etre
éleveur est tout d'abord une relation professionnelle aux animaux, c'est
gagner sa vie avec les animaux. C'est ensuite un rapport quotidien aux animaux,
au vivant. àAu delà de ces considérations générales, nous proposons une typologie des attitudes des éleveurs vis à vis de leurs animaux · Eleveur pour l'animal: l'animal fait partie de la vie de l'éleveur Il
s'agit d'éleveurs qui ont choisi leur métier par passion des animaux.
Ils n'auraient en fait pas pu concevoir leur vie autrement et ne voient quasiment
que les aspects positifs du métier. Il
s'agit essentiellement d'attitudes vis à vis d'élevages de bovins,
ou parfois de porcins reproducteurs. Il
s'agit d'éleveurs qui n'ont pas explicitement choisi leur métier,
ils le pratiquent plutôt dans une continuité familiale et pour quelques
uns regrettent même de ne pas faire autre chose. Ils voient des aspects
positifs à leur métier (liberté, gestion du vivant) et des
contraintes (temps, pénibilité physique, risque physique, aléas) On rencontre ce type d'attitude auprès d'éleveurs de différentes espèces.
Ces éleveurs
exercent leur métier par continuité familiale ou par intérêt
pour ses aspects techniques. Certains peuvent regretter de ne pas faire autre
chose. Ils ont souvent choisi leurs productions pour des raisons économiques. Il s'agit plutôt d'attitudes vis à vis d'élevages porcins, ou de volailles. · Eleveur pour la technique : la relation à l'animal n'est pas centrale dans le métier d'éleveur, mais les techniques de l'élevage sont passionnantes Il
s'agit d'éleveurs passionnés par les aspects techniques, voire technologiques
du métier. Ils peuvent afficher une passion de l'animal liée à
la complexité de la gestion du vivant. Il
s'agit surtout d'attitudes vis à vis de volailles standard (exceptionnellement
de porcins ou de bovins laitiers). 4 - Une quantification des résultats sur les représentations des éleveurs Les
enquêtes, d'une durée de 8 minutes en moyenne, ont été
réalisées par téléphone auprès de 400 éleveurs
(200 éleveurs de bovins, 100 éleveurs de porcins, et 100 éleveurs
de volailles), au cours du mois d'octobre 2001. Le questionnaire abordait : Le choix du métier : Les trois quart des éleveurs interrogés indiquent qu'ils ont choisi leur métier d'éleveur ; 15% ne l'ont pas choisi, mais en sont satisfaits ; et 10% auraient préféré exercer une autre activité. Le choix de l'espèce élevée Une majorité d'éleveurs affirme avoir choisi les animaux qu'il élève, et en être content. Il existe néanmoins des différences très importantes suivant les animaux élevés. Ainsi, 83% des éleveurs laitiers interrogés, 78% des éleveurs de porcs, 69% des éleveurs de volailles label, mais seulement 52% des éleveurs de bovins à l'engrais, 48% des éleveurs de vaches allaitantes et 43% des éleveurs de volailles standard, sont contents de l'espèce qu'ils élèvent. Les activités plus ou moins appréciées des éleveurs Les activités autour de la naissance et de l'observation sont les plus appréciées des éleveurs, ainsi, 87% des éleveurs concernés aiment beaucoup faire naître des animaux, et 84% des éleveurs apprécient beaucoup l'observation des animaux. Le contact physique avec les animaux est encore une activité très appréciée des éleveurs de bovins et de porcins (à 75%). La gestion de la reproduction est appréciée par 71% des éleveurs concernés. Dans le même domaine, la sélection des animaux reproducteurs, qui concerne les éleveurs de vaches, est une activité qu'ils aiment beaucoup à 65%. Notons que les hommes semblent plus l'apprécier que les femmes (72% contre 45%). Le suivi technique d'un lot
d'animaux concerne tous les éleveurs, et les deux tiers d'entre eux apprécient
beaucoup cette activité. Les trois quart des éleveurs de porcins
et de volailles sont dans cette situation. Ces derniers sont d'ailleurs 60% à
beaucoup apprécier la gestion d'un bâtiment, ce qui se réfère
aux mêmes aspects de gestion technique. Les éleveurs de bovins laitiers ne s'intéressent pas à l'engraissement. Ils ne sont que 16% à l'apprécier beaucoup. Les éleveurs de volailles label ne sont que 33% à apprécier l'engraissement. Environ la moitié des éleveurs de vaches allaitantes, de bovins à l'engrais, et de porcins aiment beaucoup cette activité. Les éleveurs de volailles standard se distinguent en appréciant l'engraissement à 69%. La vente des animaux n'est apparemment pas une activité qui passionne les éleveurs. Seuls 42% l'aiment beaucoup. Mais ils sont peu nombreux à rejeter l'activité. Enfin, déplacer des animaux n'est apprécié que par 37% des éleveurs de bovins ou de porcins. Plus de 20% déclarent même ne pas aimer cette activité, dont les entretiens nous ont d'ailleurs montré qu'elle suscitait parfois des craintes chez les éleveurs. L'attachement aux animaux Si 55% des éleveurs se déclarent tout à fait d'accord avec l'affirmation " je suis réellement attaché à mes animaux ", ce chiffre est encore plus élevé pour les éleveurs de bovins (attachés à leurs animaux dans 67% des cas), que pour les éleveurs de porcins ou de volailles (44% et 41%) Cet attachement se manifeste entre autres par la réaction des éleveurs au moment du départ de leurs animaux pour l'abattoir. 60 % des éleveurs de bovins et de porcins ressentent un petit pincement au cur au moment du départ de leurs animaux de réforme à l'abattoir. Les éleveurs de bovins, en particulier ceux ayant des vaches, sont les plus nombreux à éprouver un pincement au cur au moment du départ de leurs animaux engraissés à l'abattoir (de l'ordre de 50% d'entre eux). Les éleveurs de volailles éprouvent plus souvent un sentiment de fierté (51% en label, 63% en standard), et moins souvent un pincement au cur. Les besoins des animaux Nous avons demandé aux éleveurs si, au delà des besoins physiologiques (boire, manger, ne pas être malade), ils considéraient que leurs animaux avaient d'autres besoins, et lesquels. Il est tout d'abord intéressant de noter que 78% des éleveurs ont estimé que leurs animaux avaient d'autres besoins que physiologiques. Les chiffres sont d'ailleurs relativement proches pour les trois espèces. Les éleveurs de porcins et de bovins confèrent à leurs animaux autant de besoins comportementaux que psychologiques, alors que les éleveurs de volailles insistent plutôt sur les besoins comportementaux. Les éleveurs considèrent en grande majorité que si leurs résultats techniques sont bons, cela veut dire que leurs animaux sont bien. Ils sont 75% à être tout à fait d'accord avec cette affirmation, et 22% à être plutôt d'accord. Il n'y a apparemment pas de différences suivant les espèces élevées. Un ensemble d'éléments transversaux Sur certains thèmes les réponses n'apparaissent pas liées à l'espèce côtoyée, ni à d'autres caractéristiques de la personne enquêtée : -
pour la plupart des personnes interrogées, l'animal d'élevage est
de façon évidente à la fois un outil de production et un
être vivant ; Une typologie centrée sur la représentation du métier d'éleveur Trois types de techniciens apparaissent, traduisant une vision différente du métier d'éleveur. Type 1 : Une définition de l'élevage et du métier d'éleveur centrée sur les animaux, les soins et la relation entre l'éleveur et l'animal Dans ce type, la
définition du métier est centrée sur les animaux, les soins
aux animaux, la connaissance des animaux par l'éleveur, dans le contexte
de production. La communication entre l'éleveur et l'animal est largement
évoquée. Ainsi qu'une dimension affective en élevage bovin
ou porcin. Type 2 : Une définition centrée sur la finalité productive de l'élevage, sur l'obtention de performances techniques et économiques ; le bien-être animal vu comme un facteur de production parmi d'autres. La
définition du métier est ici centrée sur l'obtention de résultats
techniques ou économiques. La communication entre l'éleveur et l'animal
est considérée un facteur de production, le bon éleveur a,
entre autres, des qualités d'animalier. La plupart des techniciens de ce
groupe évoquent une dimension affective dans la relation éleveur/
animaux, certains considèrent cependant souhaitable qu'elle reste limitée,
le bon éleveur se doit de la réduire, selon eux.
La
définition du métier est centrée sur la finalité nourricière
de l'élevage, évoquant également la place de l'élevage
dans son environnement naturel et socio-économique. Le bon éleveur
est souvent défini comme celui qui " est bon partout ", qui à
la fois aime son métier, obtient des bons résultats techniques,
en vit correctement, répond à la demande du marché, et s'occupe
bien de ses animaux. Les réponses sur la définition du bien-être animal sont relativement diverses. Certains mettent en avant une relation entre le bien-être de l'éleveur et le bien-être de l'animal, le " confort " de l'un et de l'autre. D'autres évoquent des conditions d'élevage précises, comme facteurs de bien-être animal. 5 - Eléments de discussion - valorisations prévues
Il nous semble tout d'abord important de rappeler que l'animal est au cur de la définition par la plupart des éleveurs de leur métier. Etre éleveur, c'est élever des animaux, c'est être en contact quotidien avec les animaux. Les éleveurs se réfèrent le plus souvent à l'animal quand ils décrivent leur métier ou expliquent leur choix. Si le terme de bien-être animal n'est pas utilisé spontanément par les éleveurs lorsqu'ils nous parlent de leurs animaux ou de leur métier, la nécessité d'être attentif à l'animal est contenue dans la définition qu'ils donnent de leur métier. Trois
situations assez différentes peuvent être mises en évidence
:
Les représentations que les éleveurs ont de l'animal, leurs relations avec leurs animaux dépendent largement du type d'animaux qu'ils élèvent, et pour les éleveurs ayant plusieurs ateliers, du type d'animaux dont ils parlent. Leur sensibilité aux animaux, l'affectivité qu'ils investissent dans leur relation avec eux s'accroît avec la taille de l'animal, avec la proximité que l'éleveur ressent pour lui, la possibilité d'empathie que l'on éprouve vis à vis de l'animal, mais aussi avec le temps que passent les animaux sur l'exploitation, et avec le fait que l'éleveur soit investi dans la reproduction et l'élevage des petits. Les définitions techniques du bien-être animal constituent des normes partagées Lorsqu'on leur
pose la question, la quasi totalité des éleveurs comme des techniciens
se reconnaissent derrière l'affirmation que lorsque les animaux produisent
bien, ont de bons niveaux de performances techniques, c'est qu'ils sont bien,
que leur bien-être est assuré. Un certain nombre de techniciens soulignent qu'il est très difficile à leurs yeux de porter un regard objectif sur le bien être des animaux. Il est pluri-factoriel, et ne peut être réduit à un petit nombre de critères. A leurs yeux, l'utilisation de nombreux indicateurs est nécessaire, ainsi que l'observation des comportements des animaux (notamment pour juger du niveau de stress des animaux, qui leur semble être un aspect important du mal être). Ils semblent potentiellement intéressés par des outils d'aide dans ce domaine. Les éleveurs en revanche ne se posent pas la question de la mesure du bien-être. L'observation informelle semble être leur moyen de jugement, et est à leurs yeux difficile à codifier. Ils semblent en outre estimer qu'ils savent eux-mêmes juger du bien-être de leurs animaux, et ne sont pas à la recherche d'outils sur ce thème. q Les approches philosophiques et communicationnelles. Ni les éleveurs, ni les techniciens, ne font explicitement référence aux approches philosophiques du statut de l'animal ou de son bien-être. Néanmoins, une part importante de leur discours peut y être rattaché. Il
n'est pas possible dans le discours des éleveurs de distinguer ce qui vient
de leur vision philosophique de l'animal d'aspects plus psychologiques liées
à la communication entre l'homme et l'animal, à l'affectivité
de la relation. Aussi évoquerons-nous les deux aspects en parallèle. -
L'animal machine, dont le rapproche tout ce qui tend à ne s'occuper que
de ses fonctions de production. Les approches réglementaires, la " demande " sociale Tous
les éleveurs, comme les techniciens pensent qu'un minimum de réglementation
est nécessaire, pour protéger les animaux contre les mauvais traitements,
les abus. Au delà, les visions sont relativement contrastées : 6 - Valorisations et suites prévues Ce projet fera l'objet de communications aux journées scientifiques des filières concernées, notamment les Rencontres sur les Recherches sur les Ruminants, aux journées de la recherche porcine. Il
a donné ou donnera également lieu à des restitutions orales
à des publics choisis, susceptibles de valoriser les résultats de
ces travaux : Enfin,
les résultats des entretiens pourront être directement utilisés
dans le cadre des programmes de recherche en cours sur l'objectivation du bien-être
ou pour les discussions sur les directives européennes concernant le bien-être
animal. |
| Dernière mise à jour : 10/02/06 |