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ICTA Pilote : Institut de l'Elevage
ICTA Associés : ITP - ITAVI
Autres partenaires : INA-PG
INRA-ESR
Bergerie Nationale
Epistème

Chef de projet :
Anne-Charlotte Dockès - Institut de l'Elevage
149, rue de Bercy - 75595 Paris Cedex 12
anne-charlotte.dockes@inst-elevage.asso.fr

Membres du projet :
Institut de l'Elevage : Florence Kling Eveillard, Jean-Marie Chupin, Jacques Capdeville
ITP : Valérie Courboulay
ITAVI : Luc Mirabito
INA-PG : Claude Wisner-Bourgeois
INRA-ESR : Raphaël Larrère, Jean-Paul Bourdon
Bergerie Nationale : Jocelyne Porcher
Epistème : Eric Birlouez



1 - Contexte et objectifs du projet

Le bien-être animal constitue une demande sociale et éthique croissante formulée aux éleveurs : émergence dans les milieux urbains d'une sensibilité à la souffrance animale, puis critiques vis à vis de l'agriculture intensive. Il existe aujourd'hui peu de travaux étudiant les représentations des éleveurs et des techniciens sur ces questions. Cette lacune peut constituer un des éléments d'explication à l'incompréhension réciproque entre les éleveurs et les autres citoyens relativement au respect du bien-être animal. Une meilleure connaissance de leurs représentations pourra aider les ICTA à adapter leurs outils de diagnostic et leurs actions de conseil sur ce thème.

Les objectifs de notre programme étaient au nombre de trois :

§ Comprendre les représentations des éleveurs et des techniciens autour de la notion de bien-être animal.
§ Analyser comment ils prennent en compte cette question : dans leurs relations à l'animal pour les éleveurs, dans leurs démarches de conseil pour les techniciens.
§ Identifier l'image qu'ils ont des attentes du grand public et des réglementations sur la question.

Une rapide revue bibliographique, que nous ne reprendrons pas ici, ainsi que l'expression de l'ensemble des membres du comité scientifique du projet a mis en évidence de façon claire la diversité des conceptions et des définitions du bien-être animal, on peut par exemple identifier :

· des définitions zootechniques, mettent l'accent sur les " five freedoms " définis par les anglais, que l'on peut traduire par besoins fondamentaux (absence de faim et de soif, absence de lésions ou de maladies, absence de stress, absence de peur, possibilité d'expression des comportements normaux pour l'espèce), et sur les possibilités offertes à l'animal de s'adapter aux contraintes qui lui sont imposées.
· des définitions réglementaires, traduisent dans les lois ou les règlements un certain nombre d'attentes sociétales et de définitions scientifiques, elles imposent aux éleveurs des adaptations de leurs équipements.
· des approches philosophiques liées aux conceptions du statut de l'animal (être sensible ou machine, libre ou instrumentalisé...)
· des modes de communication entre l'homme et l'animal, qu'il s'agisse d'animaux domestiques ou familiers...


2 - La méthode de travail retenue :
des entretiens semi-directifs et l'analyse de leur contenu, puis une quantification

Nous ne présentons pas ici les détails de la méthode utilisée, mais simplement quelques éléments clés de synthèse.
Nous avons cherché à aborder les " façons de penser " des éleveurs et des techniciens par rapport à l'animal et au bien-être animal, au travers d'une analyse de leur discours sur ces sujets, en nous intéressant à trois dimensions :

· les connaissances, c'est à dire les informations théoriques (scientifiques, techniques ou empiriques) qu'ils utilisent.
· les attitudes, qui sont des dispositions socialement acquises. Elles s'expriment en termes de jugements, d'opinions, de disposition d'esprit.
· les comportements tels qu'ils sont rapportés par les acteurs. On parlera de façons de faire, ou pratiques.

Il est souvent intéressant de comparer connaissances, attitudes et comportements, qui ne sont pas toujours en cohérence. Ces différents niveaux ne sont pas facilement accessibles par des questions directes, en particulier le niveau des attitudes, c'est pourquoi nous avons choisi de réaliser des entretiens semi-directifs, individuels et collectifs.

Nous avons rencontré au cours de l'année 2000, environ 80 éleveurs dans 6 régions différentes. Il s'agissait d'éleveurs de bovins : laitiers, naisseurs et engraisseurs ; d'élevages de porcs et de volailles en système industriel et dans différents systèmes alternatifs (labels, plein air, sur paille...). Nous avons enquêté au cours de l'année 2001, 29 intervenants en élevage dans 4 régions, concernés par une ou plusieurs espèces. Il s'agissait de techniciens, et travaillant dans des organismes de développement ou des groupements de producteurs, ou de vétérinaires.
Pour être capable de chiffrer les différentes perceptions des éleveurs, nous avons fait appel à une société de sondage, avec laquelle nous avons réalisé une enquête téléphonique auprès de 400 éleveurs.

3 - Résultats des entretiens auprès des éleveurs

Quelques points communs à toutes les enquêtes

Etre éleveur est tout d'abord une relation professionnelle aux animaux, c'est gagner sa vie avec les animaux. C'est ensuite un rapport quotidien aux animaux, au vivant.
Le métier d'éleveur est considéré par ceux ci comme varié et complexe. Ils insistent enfin sur le temps qu'ils passent à observer leur troupeau, et sur l'imbrication des temps professionnels, familiaux, personnels. Pour tous les éleveurs, les accidents sanitaires sont vécus comme une souffrance et un échec.
Le terme de bien-être animal n'est jamais abordé spontanément même si, nous le verrons, les éleveurs accordent beaucoup d'importance à ce qui sous-tend le concept.
Les animaux d'élevage ne sont jamais assimilés aux humains, ni aux animaux familiers, ils ne sont jamais non plus considérés comme des machines, ils peuvent souffrir.

àAu delà de ces considérations générales, nous proposons une typologie des attitudes des éleveurs vis à vis de leurs animaux

· Eleveur pour l'animal: l'animal fait partie de la vie de l'éleveur

Il s'agit d'éleveurs qui ont choisi leur métier par passion des animaux. Ils n'auraient en fait pas pu concevoir leur vie autrement et ne voient quasiment que les aspects positifs du métier.
Ils ont une relation affective à l'animal : c'est un être sensible avec lequel on communique et auquel on s'attache, en particulier aux femelles reproductrices qui restent longtemps dans le troupeau. Ils ont une connaissance individuelle des animaux, et affichent une préférence pour certains.
Ces éleveurs aiment particulièrement les aspects de leur métier qui les mettent en contact avec l'animal et accordent beaucoup d'importance à l'observation, la surveillance, la manipulation des animaux. Ils trouvent souvent difficile de réformer certains de leurs animaux auxquels ils sont attachés et parfois tous leurs animaux.
Ils reconnaissent aux animaux des besoins physiologiques, comportementaux (bouger, sortir, pâturer pour les bovins), et psychologiques (absence de stress, communication...)
Ils estiment souvent qu'ils pourraient encore améliorer le confort de leurs animaux.
Ils considèrent qu'il est légitime que la société exprime des demandes dans le domaine du bien-être qui pourraient en théorie induire des changements de leurs pratiques, mais ne se sentent absolument pas mis en accusation. Ils ignorent souvent qu'il existe des réglementations, ou même des attentes sociales dans ce domaine.

Il s'agit essentiellement d'attitudes vis à vis d'élevages de bovins, ou parfois de porcins reproducteurs.
· Eleveur avec l'animal : l'élevage est un métier, communiquer avec l'animal en fait partie

Il s'agit d'éleveurs qui n'ont pas explicitement choisi leur métier, ils le pratiquent plutôt dans une continuité familiale et pour quelques uns regrettent même de ne pas faire autre chose. Ils voient des aspects positifs à leur métier (liberté, gestion du vivant) et des contraintes (temps, pénibilité physique, risque physique, aléas)
Une communication avec l'animal : selon eux, l'animal est un être sensible avec lequel on communique, mais sans attachement aux individus. La connaissance individuelle des animaux est fréquente.
Ils aiment les aspects techniques du métier d'éleveur (l'alimentation, la génétique, la production laitière...), et parfois, la manipulation des animaux, s'ils sont bien équipés pour le faire sans risque. Ils apprécient souvent la surveillance, l'observation des animaux.
Pour ces éleveurs, le départ des animaux pour l'abattoir fait partie du métier, voire en est l'aboutissement pour les engraisseurs. Elle est vécue sans difficulté.
Comme dans le groupe précédent, des besoins physiologiques, comportementaux et psychologiques sont reconnus aux animaux, dont la communication avec l'homme fait partie. Ces éleveurs sont cependant souvent satisfaits de la situation de leurs animaux.
Il est important à leurs yeux de communiquer avec le grand public, en expliquant que les éleveurs font bien les choses. Certains semblent prêts à évoluer pour répondre aux attentes sociétales.

On rencontre ce type d'attitude auprès d'éleveurs de différentes espèces.


· Eleveur malgré l'animal : l'animal est une contrainte du métier d'éleveur

Ces éleveurs exercent leur métier par continuité familiale ou par intérêt pour ses aspects techniques. Certains peuvent regretter de ne pas faire autre chose. Ils ont souvent choisi leurs productions pour des raisons économiques.
Ils insistent sur les difficultés du métier comme sur son intérêt, en particulier sur les satisfactions liées à la productivité technique et à l'autonomie d'organisation.
La communication avec l'animal est une nécessité, soit technique (elle améliore les performances), soit pour se protéger des réactions dangereuses de l'animal. L'animal est un être sensible, qui peut souffrir, mais il est instrumentalisé pour produire.
Ils aiment les aspects techniques et commerciaux du métier, la gestion des bâtiments, parfois plus le mécanique ou le végétal que l'animal.
La mort de l'animal est normale et intégrée dans le métier, c'est un aboutissement.
Les besoins physiques et comportementaux de l'animal sont reconnus. L'éleveur considère qu'ils sont suffisamment satisfaits dans son système. Ceux qui sont en système classique ou industriel mettent en avant la sécurité sanitaire et la satisfaction des besoins alimentaires. Ils reconnaissent que les besoins de " mobilité " des animaux ne sont pas comblés, mais n'en sont pas gênés ; ceux qui sont en systèmes alternatifs insistent sur le confort lié à la paille, ou la liberté de mouvements de leurs animaux.
Les attentes de la société sont souvent perçues comme légitimes dans la mesure où elles confortent un choix de système, et parfois comme illégitimes et agressives. Les éleveurs de ce groupe considèrent qu'il est nécessaire de mieux communiquer avec la société.

Il s'agit plutôt d'attitudes vis à vis d'élevages porcins, ou de volailles.

· Eleveur pour la technique : la relation à l'animal n'est pas centrale dans le métier d'éleveur, mais les techniques de l'élevage sont passionnantes

Il s'agit d'éleveurs passionnés par les aspects techniques, voire technologiques du métier. Ils peuvent afficher une passion de l'animal liée à la complexité de la gestion du vivant.
Ils éprouvent peu d'intérêt autre que technique pour l'animal lui-même, (productivité en fonction des intrants et des conditions dans le bâtiment). Ils ne communiquent pas avec l'animal même s'ils souhaitent en être reconnus.
Ils aiment ce qui touche à la technique et à la mécanique, mais aussi à l'observation et à la surveillance de la bande d'animaux pour identifier les facteurs de risque et les marges de progrès.
Ils sont indifférents à la mort de l'animal, tant qu'il ne s'agit pas d'un accident majeur.
Ils voient essentiellement les besoins physiologiques des animaux (santé, alimentation) et considèrent qu'ils les satisfont.
Ils s'estiment agressés par les demandes de la société qu'ils jugent parfois incompatibles avec la gestion économique de leurs exploitations.

Il s'agit surtout d'attitudes vis à vis de volailles standard (exceptionnellement de porcins ou de bovins laitiers).

4 - Une quantification des résultats sur les représentations des éleveurs

Les enquêtes, d'une durée de 8 minutes en moyenne, ont été réalisées par téléphone auprès de 400 éleveurs (200 éleveurs de bovins, 100 éleveurs de porcins, et 100 éleveurs de volailles), au cours du mois d'octobre 2001. Le questionnaire abordait :
- le choix du métier d'éleveur
- le choix des espèces qu'ils élèvent
- leur degré d'appréciation de différentes facettes de leur métier
- la réforme des animaux, et le départ des animaux engraissés
- les besoins des animaux selon les éleveurs
- la perception des attentes de la société

Le choix du métier :

Les trois quart des éleveurs interrogés indiquent qu'ils ont choisi leur métier d'éleveur ; 15% ne l'ont pas choisi, mais en sont satisfaits ; et 10% auraient préféré exercer une autre activité.

Le choix de l'espèce élevée

Une majorité d'éleveurs affirme avoir choisi les animaux qu'il élève, et en être content. Il existe néanmoins des différences très importantes suivant les animaux élevés. Ainsi, 83% des éleveurs laitiers interrogés, 78% des éleveurs de porcs, 69% des éleveurs de volailles label, mais seulement 52% des éleveurs de bovins à l'engrais, 48% des éleveurs de vaches allaitantes et 43% des éleveurs de volailles standard, sont contents de l'espèce qu'ils élèvent.

Les activités plus ou moins appréciées des éleveurs

Les activités autour de la naissance et de l'observation sont les plus appréciées des éleveurs, ainsi, 87% des éleveurs concernés aiment beaucoup faire naître des animaux, et 84% des éleveurs apprécient beaucoup l'observation des animaux.

Le contact physique avec les animaux est encore une activité très appréciée des éleveurs de bovins et de porcins (à 75%).

La gestion de la reproduction est appréciée par 71% des éleveurs concernés.

Dans le même domaine, la sélection des animaux reproducteurs, qui concerne les éleveurs de vaches, est une activité qu'ils aiment beaucoup à 65%. Notons que les hommes semblent plus l'apprécier que les femmes (72% contre 45%).

Le suivi technique d'un lot d'animaux concerne tous les éleveurs, et les deux tiers d'entre eux apprécient beaucoup cette activité. Les trois quart des éleveurs de porcins et de volailles sont dans cette situation. Ces derniers sont d'ailleurs 60% à beaucoup apprécier la gestion d'un bâtiment, ce qui se réfère aux mêmes aspects de gestion technique.
Toujours dans le domaine technique, raisonner l'alimentation intéresse beaucoup 60% des éleveurs, et même 75% des éleveurs de bovins laitiers.

Les éleveurs de bovins laitiers ne s'intéressent pas à l'engraissement. Ils ne sont que 16% à l'apprécier beaucoup. Les éleveurs de volailles label ne sont que 33% à apprécier l'engraissement. Environ la moitié des éleveurs de vaches allaitantes, de bovins à l'engrais, et de porcins aiment beaucoup cette activité. Les éleveurs de volailles standard se distinguent en appréciant l'engraissement à 69%.

La vente des animaux n'est apparemment pas une activité qui passionne les éleveurs. Seuls 42% l'aiment beaucoup. Mais ils sont peu nombreux à rejeter l'activité.

Enfin, déplacer des animaux n'est apprécié que par 37% des éleveurs de bovins ou de porcins. Plus de 20% déclarent même ne pas aimer cette activité, dont les entretiens nous ont d'ailleurs montré qu'elle suscitait parfois des craintes chez les éleveurs.

L'attachement aux animaux

Si 55% des éleveurs se déclarent tout à fait d'accord avec l'affirmation " je suis réellement attaché à mes animaux ", ce chiffre est encore plus élevé pour les éleveurs de bovins (attachés à leurs animaux dans 67% des cas), que pour les éleveurs de porcins ou de volailles (44% et 41%)

Cet attachement se manifeste entre autres par la réaction des éleveurs au moment du départ de leurs animaux pour l'abattoir. 60 % des éleveurs de bovins et de porcins ressentent un petit pincement au cœur au moment du départ de leurs animaux de réforme à l'abattoir.

Les éleveurs de bovins, en particulier ceux ayant des vaches, sont les plus nombreux à éprouver un pincement au cœur au moment du départ de leurs animaux engraissés à l'abattoir (de l'ordre de 50% d'entre eux). Les éleveurs de volailles éprouvent plus souvent un sentiment de fierté (51% en label, 63% en standard), et moins souvent un pincement au cœur.

Les besoins des animaux

Nous avons demandé aux éleveurs si, au delà des besoins physiologiques (boire, manger, ne pas être malade), ils considéraient que leurs animaux avaient d'autres besoins, et lesquels.

Il est tout d'abord intéressant de noter que 78% des éleveurs ont estimé que leurs animaux avaient d'autres besoins que physiologiques. Les chiffres sont d'ailleurs relativement proches pour les trois espèces. Les éleveurs de porcins et de bovins confèrent à leurs animaux autant de besoins comportementaux que psychologiques, alors que les éleveurs de volailles insistent plutôt sur les besoins comportementaux.

Les éleveurs considèrent en grande majorité que si leurs résultats techniques sont bons, cela veut dire que leurs animaux sont bien. Ils sont 75% à être tout à fait d'accord avec cette affirmation, et 22% à être plutôt d'accord. Il n'y a apparemment pas de différences suivant les espèces élevées.


4 - Analyse des représentations des techniciens d'élevage vis à vis du bien-être animal

Un ensemble d'éléments transversaux

Sur certains thèmes les réponses n'apparaissent pas liées à l'espèce côtoyée, ni à d'autres caractéristiques de la personne enquêtée :

- pour la plupart des personnes interrogées, l'animal d'élevage est de façon évidente à la fois un outil de production et un être vivant ;
- les intervenants en élevage interrogés sont nombreux à dire que le bien-être animal n'est pas facile à objectiver et qu'il faut faire attention à la tentation de l'anthropomorphisme ;
- le principe de réglementations est accepté par tous, comme garde-fou contre des pratiques abusives, mais le contenu des réglementations fait souvent l'objet de critiques, ou au moins de réserves ;
- la demande sociale est considérée comme incontournable, souvent légitime, parfois excessive ou mal positionnée. Le principal besoin est de montrer, d'expliquer ce qui se passe en élevage, pour rassurer les consommateurs ;
- le frein principal à la prise en compte par les éleveurs, de la demande sociale en terme de bien-être animal est de nature économique : coût d'investissements en particulier.

Une typologie centrée sur la représentation du métier d'éleveur

Trois types de techniciens apparaissent, traduisant une vision différente du métier d'éleveur.

Type 1 : Une définition de l'élevage et du métier d'éleveur centrée sur les animaux, les soins et la relation entre l'éleveur et l'animal

Dans ce type, la définition du métier est centrée sur les animaux, les soins aux animaux, la connaissance des animaux par l'éleveur, dans le contexte de production. La communication entre l'éleveur et l'animal est largement évoquée. Ainsi qu'une dimension affective en élevage bovin ou porcin.
La réponse à la question sur le statut de l'animal associe souvent deux idées : l'obligation pour l'animal de produire, puisqu'il est là pour ça, et son existence en tant qu'être vivant, animal en tant que tel, qui lui donne le droit à être respecté et bien traité.
La définition du bien-être animal renvoie pour certains à une demande extérieure, mais le plus souvent ce sont, soit les pratiques de l'éleveur qui sont évoquées, établissant un lien entre bien-être de l'animal et qualité de la relation entre l'éleveur et l'animal, soit des besoins de l'animal lui-même, en particulier l'absence de souffrances.
Apprécier le bien-être animal se voit à l'état des animaux, à leur comportement, ou même aux résultats techniques, et l'éleveur comme le technicien sont désignés comme capables de le faire.

Type 2 : Une définition centrée sur la finalité productive de l'élevage, sur l'obtention de performances techniques et économiques ; le bien-être animal vu comme un facteur de production parmi d'autres.

La définition du métier est ici centrée sur l'obtention de résultats techniques ou économiques. La communication entre l'éleveur et l'animal est considérée un facteur de production, le bon éleveur a, entre autres, des qualités d'animalier. La plupart des techniciens de ce groupe évoquent une dimension affective dans la relation éleveur/ animaux, certains considèrent cependant souhaitable qu'elle reste limitée, le bon éleveur se doit de la réduire, selon eux.
Le statut de l'animal est d'abord celui d'une chose (" quelque chose ", " ça "), d'un outil de production, dont on prend soin pour qu'il réponde aux attentes de l'éleveur à son égard.
La définition du bien-être animal est systématiquement centrée sur l'obtention de résultats, et le plus souvent rattachée à une idée de " confort ", de conditions favorables pour produire.


Type 3 : Une définition de l'élevage, devant satisfaire un marché, nourrir la population, dans le respect de l'animal ; le bien-être animal vu comme un élément d'une éthique professionnelle

La définition du métier est centrée sur la finalité nourricière de l'élevage, évoquant également la place de l'élevage dans son environnement naturel et socio-économique. Le bon éleveur est souvent défini comme celui qui " est bon partout ", qui à la fois aime son métier, obtient des bons résultats techniques, en vit correctement, répond à la demande du marché, et s'occupe bien de ses animaux.
Questionnés sur le statut de l'animal d'élevage, les intervenants en élevage rattachés à ce type 3 le définissent principalement par cette finalité de nourrir la population.
Ils évoquent le plus souvent la communication entre l'éleveur et l'animal comme une des composantes du métier, constatant des écarts entre éleveurs sur ce critère, et en particulier l'existence fréquente d'une dimension affective dans la relation.

Les réponses sur la définition du bien-être animal sont relativement diverses. Certains mettent en avant une relation entre le bien-être de l'éleveur et le bien-être de l'animal, le " confort " de l'un et de l'autre. D'autres évoquent des conditions d'élevage précises, comme facteurs de bien-être animal.

5 - Eléments de discussion - valorisations prévues


Le métier d'éleveur se définit par rapport aux animaux

Il nous semble tout d'abord important de rappeler que l'animal est au cœur de la définition par la plupart des éleveurs de leur métier. Etre éleveur, c'est élever des animaux, c'est être en contact quotidien avec les animaux. Les éleveurs se réfèrent le plus souvent à l'animal quand ils décrivent leur métier ou expliquent leur choix.

Si le terme de bien-être animal n'est pas utilisé spontanément par les éleveurs lorsqu'ils nous parlent de leurs animaux ou de leur métier, la nécessité d'être attentif à l'animal est contenue dans la définition qu'ils donnent de leur métier.

Trois situations assez différentes peuvent être mises en évidence :
- certains éleveurs ne voient quasiment que des aspects positifs à leur métier. Ils éprouvent un intérêt affectif pour leurs animaux.
- quelques éleveurs qui, souvent, sont plus éleveurs par continuité familiale que par véritable choix individuel, voient des aspects positifs et des aspects négatifs dans leur métier, toujours autour de la relation à l'animal. Ils éprouvent des satisfactions d'ordre affectif dans leurs relations avec leurs animaux, mais ressentent également des craintes vis à vis de l'animal.
- d'autres éleveurs situent plutôt leur relation à l'animal dans le domaine intellectuel, ils s'intéressent aux animaux, éprouvent une satisfaction à les comprendre, à savoir les observer, élever, les gérer. Ils ne recherchent pas ou n'ont pas besoin d'un contact physique avec leurs animaux.
Les techniciens que nous avons rencontrés ont une vision plus différenciée du métier de l'éleveur, qui insiste globalement moins sur l'animal, sur la relation éleveur animal.


L'importance relative de l'espèce élevée

Les représentations que les éleveurs ont de l'animal, leurs relations avec leurs animaux dépendent largement du type d'animaux qu'ils élèvent, et pour les éleveurs ayant plusieurs ateliers, du type d'animaux dont ils parlent.

Leur sensibilité aux animaux, l'affectivité qu'ils investissent dans leur relation avec eux s'accroît avec la taille de l'animal, avec la proximité que l'éleveur ressent pour lui, la possibilité d'empathie que l'on éprouve vis à vis de l'animal, mais aussi avec le temps que passent les animaux sur l'exploitation, et avec le fait que l'éleveur soit investi dans la reproduction et l'élevage des petits.

Les définitions techniques du bien-être animal constituent des normes partagées

Lorsqu'on leur pose la question, la quasi totalité des éleveurs comme des techniciens se reconnaissent derrière l'affirmation que lorsque les animaux produisent bien, ont de bons niveaux de performances techniques, c'est qu'ils sont bien, que leur bien-être est assuré.

Tous se retrouvent bien entendu derrière la nécessité de satisfaire les besoins physiologiques des animaux (nourriture, santé), et le plus souvent derrière une notion de confort minimum.

Le plus grand nombre d'entre eux font aussi référence :
- à des besoins psychologiques : absence de stress, mais aussi besoin de communication entre animaux, besoins de communiquer avec l'homme…
- à des besoins comportementaux : pouvoir sortir, percher, chanter, se reproduire et s'occuper de ses petits… de nombreux techniciens insistent sur la nécessité d'être attentifs aux comportements des animaux pour pouvoir juger de leur bien-être.

Pour la plupart des éleveurs, et pour certains techniciens, si la contrainte imposée à l'animal est inévitable, le rôle de l'éleveur est de la limiter, de la rendre acceptable. Pour quelques techniciens, en revanche, le fait que la contrainte soit une donnée de base de l'élevage est utilisé pour justifier des pratiques douloureuses pour les animaux, et apparemment contraires à leur bien-être (mutilations notamment). Ils estiment que ce type de pratiques est indissociable de l'activité de l'élevage.

Un certain nombre de techniciens soulignent qu'il est très difficile à leurs yeux de porter un regard objectif sur le bien être des animaux. Il est pluri-factoriel, et ne peut être réduit à un petit nombre de critères. A leurs yeux, l'utilisation de nombreux indicateurs est nécessaire, ainsi que l'observation des comportements des animaux (notamment pour juger du niveau de stress des animaux, qui leur semble être un aspect important du mal être). Ils semblent potentiellement intéressés par des outils d'aide dans ce domaine.

Les éleveurs en revanche ne se posent pas la question de la mesure du bien-être. L'observation informelle semble être leur moyen de jugement, et est à leurs yeux difficile à codifier. Ils semblent en outre estimer qu'ils savent eux-mêmes juger du bien-être de leurs animaux, et ne sont pas à la recherche d'outils sur ce thème.

q Les approches philosophiques et communicationnelles.

Ni les éleveurs, ni les techniciens, ne font explicitement référence aux approches philosophiques du statut de l'animal ou de son bien-être. Néanmoins, une part importante de leur discours peut y être rattaché.

Il n'est pas possible dans le discours des éleveurs de distinguer ce qui vient de leur vision philosophique de l'animal d'aspects plus psychologiques liées à la communication entre l'homme et l'animal, à l'affectivité de la relation. Aussi évoquerons-nous les deux aspects en parallèle.
En fait, l'animal vu par les éleveurs et les techniciens, peut être analysé autour de trois pôles :

- L'animal machine, dont le rapproche tout ce qui tend à ne s'occuper que de ses fonctions de production.
- L'animal communiquant, développant des relations avec l'homme.
- L'animal affectif, pouvant développer une relation affective, une relation d'attachement, à double sens avec l'homme.

Les approches réglementaires, la " demande " sociale

Tous les éleveurs, comme les techniciens pensent qu'un minimum de réglementation est nécessaire, pour protéger les animaux contre les mauvais traitements, les abus. Au delà, les visions sont relativement contrastées :
- certains éleveurs de bovins, qui ne sont pas pour l'instant concernés par le problème, ne connaissent pas l'existence de réglementations précises sur le bien-être animal, ou savent que seuls le transport et l'abattage sont concernés pour l'élevage de bovins.
- d'autres sont mieux informés de l'existence de réglementations, comprennent que la société puisse exprimer des exigences sur la question du bien-être animal, et soit se considèrent comme en situation favorable, soit se déclarent prêts à s'adapter ;
- d'autres se sentent personnellement mis en cause, et agressés par les réglementations, ils les trouvent injustes à leur égard et inadaptées. Ils ne sont pas prêts à s'y adapter ;
- quelques uns ne sont pas contre le principe de réglementations, mais critiquent le bien fondé technique des mesures existantes (en porcins ou en poules pondeuses).
- les techniciens connaissent en général mieux les réglementations. Ils en admettent le principe, mais critiquent souvent leur contenu, soit qu'ils le jugent incohérent avec l'objectif affiché de bien être animal, soit incompatible avec la pérennité économique des exploitations.

6 - Valorisations et suites prévues

Ce projet fera l'objet de communications aux journées scientifiques des filières concernées, notamment les Rencontres sur les Recherches sur les Ruminants, aux journées de la recherche porcine.

Il a donné ou donnera également lieu à des restitutions orales à des publics choisis, susceptibles de valoriser les résultats de ces travaux :
- comité de pilotage de la Charte des Bonnes Pratiques en Elevage
- groupes de responsables professionnels par filière
- séminaire Agri bien-être piloté par l'INRA
- point recherche organisé par l'ACTA.

Enfin, les résultats des entretiens pourront être directement utilisés dans le cadre des programmes de recherche en cours sur l'objectivation du bien-être ou pour les discussions sur les directives européennes concernant le bien-être animal.


 

Dernière mise à jour : 10/02/06
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