Dr Nigel Brooks
Zeneca CTL, Alderley Park, Macclesfield, UK
Traduction : Raymond Counis, UMR 7079 CNRS
Université Pierre et Marie Curie, Paris
Résumé :
Nous sommes, dans notre vie quotidienne, en permanence exposés
à un cocktail de substances chimiques qui, pour certaines, peuvent
mimer les actions des hormones sexuelles femelles, à savoir les
œstrogènes. Il y a là matière à s'inquiéter
quant aux effets que de telles substances, connues sous le nom d'œstrogènes
environnementaux ou xéno-œstrogènes, pourraient avoir de
néfaste pour la reproduction chez l'homme et l'ensemble du monde
animal. Les chercheurs ont un rôle clé à jouer dans
la compréhension des mécanismes par lesquels ces substances
agissent sur le système de reproduction afin que nous soyions mieux
à même de juger si elles représentent un danger réel
pour la procréation humaine.
La menace ressentie: panique ou réalité
?
La production des spermatozoïdes en baisse chez l'homme, l'incidence
accrue du cancer du sein chez la femme, des poissons féminisés,
ou encore des alligators affublés d'un micropénis, voilà
quelques exemples des altérations du système de reproduction
rapportées au cours des dernières années avec, pour
dénominateur commun, le fait de pouvoir toutes avoir été
causées par les œstrogènes. Des recherches récentes
ont montré que de nombreuses substances chimiques produites par
l'homme pouvaient agir comme des œstrogènes de faible efficacité
mais tout de même capables de mimer au moins en partie les effets
de nos propres hormones naturelles. Ces substances sont présentes
dans la vie de tous les jours. On peut les trouver aussi bien dans le
revêtement intérieur des récipients alimentaires que
dans les pesticides, dans les plastiques que dans les peintures. La question
qui se pose est de savoir si ces substances chimiques sont vraiment responsables
de l'accroissement des troubles de la reproduction. En fait, s'agit-il
d'une peur panique, ou d'une réalité ?
L'incertitude
Les chercheurs savent depuis un certain temps maintenant qu'une exposition
à des doses excessives d'œstrogènes à certaines étapes
du développement peut avoir des effets néfastes sur la vie
reproductive. Par exemple, des femelles traitées par des œstrogènes
à un moment critique pour la sexualisation du cerveau sont incapables
d'ovuler à l'âge adulte, et présentent en outre des
comportement sexuels propres aux mâles. Est-ce que des xéno-œstrogènes
pourraient reproduire ce type de troubles ? Autre exemple, celui qu'on
trouve dans l'étonnante théorie émise pour expliquer
la chute des taux de spermatozoïdes enregistrée au cours des
50 dernières années dans les spermogrammes humains. On sait
que la capacité de l'homme à produire le sperme est déterminée
par le nombre de cellules de Sertoli, des cellules spécialisées
du testicule. Le nombre de ces cellules se trouve sous la dépendance
d'une hormone sécrétée par l'hypophyse, l'hormone
folliculo-stimulante (FSH), mais ceci seulement pendant une période
critique limitée à la fin du stade fœtal et au début
de la vie néonatale. Si, au cours de cette période critique,
des animaux sont exposés au diethylstilbestrol, un œstrogène
de synthèse, la quantité de FSH produite par l'hypophyse
fœtale s'en trouve diminuée cependant que les testicules sont,
chez le nouveau-né, plus petits que la normale et ils contiennent
moins de cellules de Sertoli.
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"...Les testicules sont, chez le nouveau-né, plus petits
que la normale et ils contiennent moins de cellules de Sertoli..."
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Ces animaux produisent moins de sperme quand ils atteignent
l'âge adulte. Est-ce que des xéno-œstrogènes pourraient
avoir les mêmes effets ? Des chercheurs ont récemment montré
que si des femelles gestantes recevaient une substance chimique du nom
d'octylphénol, il y avait chez le fœtus une baisse de la sécrétion
de FSH. L'octylphénol est un produit de dégradation d'une
famille de substances utilisées dans la fabrication de détergents
et de peintures. On peut penser que si le contact avec cette substance
avait lieu suffisamment longtemps au cours de la période de sensibilité
mentionnée ci-dessus, il pourrait conduire aussi à une réduction
et de la taille des testicules et de la production des spermatozoïdes.
Cependant il convient de rester prudent. Nous ne savons pas encore dans
quelle mesure le corps humain est vraiment exposé à des
produits chimiques tels que l'octylphénol, et jusqu'à présent
il n'y a pas de preuve directe qu'il existe un lien entre une exposition
à des produits chimiques et les changements observés dans
les spermogrammes.
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"...Les récepteurs des œstrogènes sont versatiles
: ils sont capables d'interagir avec plusieurs centaines de substances
différentes..."
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Comment éclaircir le mystère ? Le rôle
de la recherche
Pour que les œstrogènes exercent leurs multiples effets dans notre
corps, ils doivent d'abord se lier à un récepteur, une protéine
spécialisée présente à l'intérieur
des cellules cibles qui reconnaissent ainsi l'hormone et lui permettent
d'agir en régulant les divers gènes aptes à répondre
à sa stimulation. Les récepteurs des œstrogènes sont
versatiles : ils sont capables d'interagir avec plusieurs centaines de
substances différentes. Dans certains cas, ces substances ont des
structures si dissemblables de l'œstradiol -un des œstrogènes naturels-
qu'on a du mal à imaginer qu'elles puissent avoir une activité
hormonale. Elles ont en fait une faible activité œstrogénique
en comparaison de celle des œstrogènes naturels, cependant, si
elles sont administrées à des doses suffisamment fortes,
elles peuvent activer les récepteurs des œstrogènes d'une
manière quasiment identique aux vraies hormones naturelles. Jusqu'à
tout récemment, on pensait qu'il n'existait qu'un seul récepteur
des œstrogènes. Cependant les chercheurs ont découvert à
présent un second récepteur (ERbeta) qui présente
une attirance différente de celle du récepteur original
(ERalpha) pour certains œstrogènes environnementaux et/ou naturels.
Ce nouveau récepteur se trouve en plus fortes concentrations dans
certains tissus comme la prostate, les ovaires et le cerveau. Les scientifiques
pensent à présent que c'est la combinaison de ces différents
types de récepteurs œstrogéniques qui, de concert avec leur
distribution tissulaire particulière, serait déterminante
pour rendre certains organes/parties du corps plus spécifiquement
susceptibles à l'action d'œstrogènes naturels ou à
celle de xéno-œstrogènes (voir la figure).

Légende : Les différences tissulaires
portant sur le type et la concentration des récepteur des œstrogènes
expliqueraient comment les œstrogènes naturels, synthétiques
et environnementaux pourraient avoir des effets spécifiques sur
l'organisme humain. Ainsi, ERalpha qui prédomine dans la cellule
1, se lierait préférentiellement à un type particulier
d'œstrogène (œstrogène A) cependant que ERbeta, situé
dans la cellule 2, se lierait préfèrentiellement un autre
œstrogène (œstrogène B). Après interaction de ces
œstrogènes avec leur récepteur privilégié,
les complexes s'associent en dimères et se lient sur des éléments
de réponse aux œstrogènes (ERE) présents sur des
gènes cibles. Les EREs de ces gènes peuvent avoir une préférence
pour l'un ou l'autre des types de récepteurs. Ces mécanismes
de contrôle multiples et complexes permettraient aux différents
types d'œstrogènes (et peut-être, de xéno-œstrogènes)
d'agir dans une région particulière du corps et modifier
ainsi de façon spécifique l'activité d'un gène
cible.
Dans quelle direction aller maintenant ?
Le problème des xéno-œstrogènes soulève un
intérêt grandissant. Les organismes gouvernementaux des E.U.
et d'Europe sont impatients de disposer de méthodes appropriées
pour tester et interprêter les données permettant d'évaluer
les risques, pour la santé humaine, de l'exposition aux perturbateurs
endocriniens. Même avec en main une panoplie de tests bien établis
cette évaluation des risques représente un défi à
relever. Une période tout à fait passionnante s'ouvre donc
aux chercheurs à la découverte des différents mécanismes
par lesquels les œstrogènes naturels et les xéno-œstrogènes
pourraient agir/interférer dans le système de reproduction.
Cette brève est produite par la British Society
for Neuroendocrinology et peut être utilisée librement pour
l'enseignement de la neuroendocrinologie et la communication vers le public.
©British Society for Neuroendocrinology et Société
de Neuroendocrinologie pour la traduction.
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