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Fran
Ebling
School of Biological Sciences, University of Nottingham Medical School,
Queen's Medical Center, Nottingham, UK
Traduction
: Andrée Tixier-Vidal, UMR 7101 CNRS, Université
Pierre et Marie Curie, Paris
Résumé
La puberté est l'arrivée de la fertilité, c'est-à-dire
la capacité de se reproduire. Elle survient parce que le cerveau
commence à sécréter une hormone-clé : l'hormone
de libération des gonadotropines (GnRH pour " gonadotrophin
releasing hormone "). Ceci stimule l'hypophyse à induire la
maturation des testicules et de l'ovaire, qui ensuite produisent les hormones
stéroïdes sexuelles et provoquent la maturation du sperme
et des œufs. Nous devrions être préoccupés par le
fait que l'âge de la puberté diminue dans de nombreux pays.
La puberté commence quand la croissance est adéquate et
le stockage de l'énergie survient, de sorte que l'âge plus
précoce de la puberté peut refléterl'accroissement
de l'obésité chez l'adolescent résultant d'une vie
plus sédentaire.
Puberté-tout
est dans la tête !
Les nombreux signes externes de la puberté, par exemple le développement
des seins et des glandes génitales externes, la croissance des
poils corporels et la gravité de la voix, reflètent l'activité
croissante des gonades, testicules et ovaires. A la puberté ces
organes répondent à l'accroissement de la sécrétion
des hormones gonadotropes par l'hypophyse et ceci résulte de l'activité
accrue d'un groupe minuscule de cellules nerveuses spécialisées
du cerveau. De façon remarquable, ces cellules sont moins de 2000
dans le cerveau humain, de sorte que seulement 1 cellule sur 100millions
dans le cerveau est concernée par la stimulation de l' hypophyse
pour induire la puberté. Ces cellules exercent leur rôle
par la sécrétion d'une petite hormone, l'hormone de libération
des gonadotropines ou GnRH (pour : gonadotrophin releasing hormone) qui
stimule la production et la libération des hormones gonadotropes.
Ce minuscule nombre de neurones à GnRH tient la clé de la
puberté. Si, au cours du développement du cerveau les neurones
à GnRH ne parviennent pas à leur localisation correcte dans
le cerveau, l'individu n'atteindra jamais la puberté sans traitement
médical, une situation connue comme syndrome de Kallman. Curieusement,
le système à GnRH est transitoirement activé pendant
les premiers mois de vie postnatale, au moins chez les garçons.
Ceci pose des questions intrigantes: pourquoi ce système à
GnRH qui se développe si précocement dans la vie, retourne-t-il
à une période de quiescence, et pourquoi se réactive-t-il
ensuite pour causer la puberté ?
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L' activité accrue des neurones à GnRH (en vert) sous
tend tous les aspects de la puberté, assurant la maturation
de la reproduction et la conscience sexuelle. |
Tout est dans
la chronologie
L'âge auquel la puberté commence chez les enfants, de même
que la durée nécessaire à son achèvement variet
énormément entre les individus. Bien que la puberté
soit souvent considérée comme plus précoce chez les
filles que chez les garçons, comparer les signes extérieurs
de la puberté entre les deux sexes est un peu comme comparer des
pommes et des poires. Les changements hormonaux sous jacents commencent
à un âge similaire. En réalité c'est l'accélération
de la vitesse de croissance, responsable d' une augmentation de la taille,
et la transition de la croissance d' un squelette mince à un dépôt
de graisse qui interviennent plus tôt chez les filles que chez les
garçons. La plupart des informations concernant le moment de la
puberté dans la population concernent largement les filles, le
développement des seins et la date de la première menstruation
étant beaucoup plus faciles à enregistrer que des changements
dans la taille du pénis et des testicules chez les garçons.
En Europe, on pense que l'âge de la ménarche (première
menstruation) aurait augmenté de 14ans environ au Moyen Age à
environ 17ans au début du XIXème siècle, mais aurait
diminué depuis à environ 13ans dans la plupart des contrées
industrielles. Une étude très récente menée
sur 17000 filles adolescentes aux U.S.A. a fourni des évidences
claires que l'âge de la ménarche continue de diminuer, particulièrement
parmi les filles afro-américaines, où l'âge moyen
de la ménarche est de 12,2ans. Cette étude a montré
aussi que l'âge d' apparition des marqueurs précoces de la
puberté tels que le développement des seins et la croissance
des poils pubiens est décroissant chez toutes les filles, quelle
que soit la race.
Nourriture, graisse
et fertilité
Pourquoi l'âge de la puberté diminue-t-il ? Cette décroissance
au cours des deux derniers siècles est largement attribuée
à une amélioration de la nutrition et de la santé
; mais cela peut-il expliquer la décroissance de l'âge de
la puberté au cours des deux dernières décades ?
Il est clair que le stockage de réserve d' énergie sous
forme de graisse ainsi que la disponibilité de combustibles métaboliques
sont des déterminants clés dans la capacité des Mammifères
à se reproduire efficacement, le coût du maintient de la
gestation et de la lactation étant élevé chez les
Mammifères. Le cerveau peut mesurer la disponibilité des
combustibles métaboliques et déterminer l'initiation de
la reproduction. Un signal important est donné par une hormone,
la leptine, produite par les cellules de la graisse blanche. Si la réserve
de graisse est basse la production de leptine est basse et l'activité
de reproduction est arrêtée. La puberté ne commencera
pas tant que des combustibles métaboliques adéquats ne sont
pas disponibles ; ainsi nous pouvons considérer le niveau de leptine
agissant comme une " porte " pour la puberté. La leptine
n'est pas le signal unique de la puberté, car de nombreux autres
facteurs signalent au cerveau le métabolisme énergétique,
tels que l'insuline, le glucose et les acides gras. Etant donné
que les styles de vie modernes deviennent de plus en plus sédentaires,
il n' est pas surprenant que la prévalence du surpoids ou de l'
obésité augmente dans l' enfance, particulièrement
aux U.S.A.. Peut être cette augmentation accrue de la disponibilité
des combustibles métaboliques et des réserves de graisse
ouvre-t-il la " porte " de la puberté plus tôt
chez les adolescents.
Oestrogènes
environnementaux,
La production d' oestrogènes à la puberté est non
seulement importante pour le développement sexuel chez les filles
mais aussi chez les garçons. En effet, la perte génétique
des récepteurs aux oestrogènes peut induire l' infertilité
chez les Mammifères mâles. Il a été suggéré
que l'exposition accrue aux oestrogènes de l'environnement qui
interfèrent avec les récepteurs aux oestrogènes de
l'organisme pourrait affecter le moment de la puberté. Des produits
chimiques à faible activité œstrogènique sont utilisés
dans la fabrication de nombreux matériaux y compris les plastiques
auxquels nous n'étions pas exposés dans les années
passées. De même des oestrogènes d'origine végétale
se trouvent dans la nourriture, tels que les produits dérivés
du soja, qui ne faisaient pas partie de l' alimentation " occidentale
" dans le passé. Cependant, bien que des doses élevées
d' oestrogènes environnementaux se soient révélées
capables de détruire la fonction de reproduction dans des expériences
chez les rongeurs, il n' y a pas de preuve directe que les humains soient
exposés à des niveaux suffisants pour affecter la puberté.
Etant donné que les mécanismes neuroendocriniens qui sous-tendent
la puberté se développent avant la naissance, peut être
devrions nous étudier si l'altération de la nutrition de
la mère gestante, ou son exposition à des oestrogènes
environnementaux pourrait affecter le fœtus en développement et
en conséquence influencer l'apparition de la puberté plus
tard dans la vie. Plus de recherches, rapidement s'il vous plait !
Cette brève est produite par la British Society for Neuroendocrinology
et peut être utilisée librement pour l'enseignement de la
neuroendocrinologie et la communication vers le public.
©British Society for Neuroendocrinology et Société
de Neuroendocrinologie pour la traduction.
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