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George Fink
MRC Brain Metabolism Unit, Departement de Neuroscience,
Université d' Edinburgh
Traduction : Andrée Tixier-Vidal, UMR
7101 CNRS, Université Pierre et Marie Curie, Paris
Résumé
L'oestrogène et la testostérone, les principales hormones
sexuelles, sont connues depuis longtemps pour affecter le comportement.
Elles affectent aussi l'humeur, l'état mental et la cognition.
Des résultats expérimentaux récents suggèrent
que ces effets des hormones sexuelles peuvent être médiés
par la sérotonine, un important neurotransmetteur dont la dysfonction
a été impliquée dans les désordres de l'humeur
et la schizophrénie. Le lien estrogène-sérotonine
est en rapport avec la conception raisonnée de nouveau anti-oestrogènes
et de la thérapie hormonale de remplacement (THR).
Comportement sexuel
Les forêts de France et les highlands d' Ecosse résonnent,
à chaque automne, du choc des ramures ayant atteint leur taille
maximum et du bramement des cerfs engagés dans des combats. La
testostérone, l'hormone sexuelle mâle-clé (androgène)
secrétée par les testicules a orchestré tous les
changements nécessaires pour le rut- croissance des ramures, attraction
pour l' odeur de la femelle et agression. A son tour, l' oestradiol, la
plus puissante des hormones sexuelles femelles secrétées
par l'ovaire, stimule le comportement d'accouplement chez la femelle.
Des effets dramatiques similaires des stéroïdes sexuels sont
observés chez tous les Vertébrés. Le comportement
sexuel de l'humain est plus compliqué en ce qu'il est affecté
par l'attribution du genre et par des déterminants culturels et
rituels ; néanmoins, l'importance des hormones sexuelles est illustrée
par l' intensité des interactions sexuelles déclenchées
à la puberté par l' activation des gonades.
Humeur et état mental
Les hormones stéroïdes sexuelles affectent aussi l' humeur
ainsi que suggéré par les désordres de l' humeur
observés à la période de menstruation (syndrome pré-menstruel,
PMS), à l' accouchement (dépression puerpérale) et
à la ménopause quand le niveau d' oestradiol chute précipitamment.
L'incidence de désordres de l'humeur est aussi accrue chez la femme
après l'ablation des gonades ainsi que au départ d'un traitement
par les anti-estrogènes. Inversement, l'œstrogène administré
comme thérapie hormonale de remplacement (THR) est souvent effectif
en améliorant l'humeur dépressive associée à
la PMS, la périménopause ou le puerperium. Bien que pas
aussi bien définie que la ménopause, une andropause, caractérisée
par une chute de la concentration de la testostérone libre dans
la circulation, intervient chez certains hommes et est aussi associée
à une incidence accrue de désordres de l'humeur.
L'œstrogène est aussi impliqué dans la schizophrénie.
L'âge moyen des premiers signes est plus tardif chez la femme que
chez l'homme. Il y a des différences sexuelles quantitatives dans
les symptômes schizophréniques et un second pic d'attaque
schizophrénique intervient chez la femme après l'âge
de quarante ans.
Finalement, de récentes études épidémiologiques
suggèrent que la THR réduit le risque ou retarde le début
de la démence d' Alzheimer chez la femme post-ménopausée.
Le lien œstrogène-sérotonine
Bien que le puissant effet des hormones sexuelles sur l'humeur et le comportement
ait été accepté au cours des âges, de Aristote
à Charcot, Steinach et Freud, les mécanismes par lesquels
l' œstrogène peut affecter l' humeur et l' état mental ont
seulement récemment été établis. Des études
entreprises afin d' identifier les messagers chimiques du système
nerveux central qui interviennent comme médiateurs du contrôle
oestrogénique de la sécrétion des gonadotropines
hypophysaires ont conduit à la découverte que l' œstrogène
accroît la densité dans le cerveau antérieur des récepteurs
2A de la sérotonine.

Figure
1 : Densité accrue des récepteurs 2A de la sérotonine
dans le cortex antéro-frontal
(FC) et le cortex cingulé (CgC) dans le cerveau de rat traité
avec de l' œstrogène (B) comparé à un rat non traité
(A). Ces régions du cerveau jouent un rôle majeur dans
la cognition, l'humeur et l'état mental. (Reproduit avec permission
d'un travail publié de l'auteur)
L'œstrogène
accroît aussi la densité des sites du transporteur de la
sérotonine dans le cerveau antérieur. Cet effet de l' œstrogène
signifie que la dysfonction du transporteur de la sérotonine qui
joue un rôle clé dans la signalisation de la sérotonine
est impliquée dans les désordres de l' humeur induits par
l' oestrogène. Le transporteur est la cible de puissants antidépresseurs,
les inhibiteurs de la re-capture de la sérotonine, parmi lesquelles
le " Prozac " est probablement le plus largement connu. La testostérone
a le même effet que l'oestradiol sur ces mécanismes sérotoninergiques,
mais son action dépend de sa conversion en oestradiol par une enzyme
cérébrale.

Figure
2 : Diagramme sagittal montrant les projections massives de fibres
sérotoninergiques (vert pâle) à partir de cellules
nerveuses localisées dans le noyau du raphé du cerveau de
rat (flèche inférieure). Ces projections sérotoninergiques
sont aussi présentes chez l'humain, elles innervent la plupart
des régions du cerveau antérieur, spécialement le
cortex cérébral (flèche supérieure) et jouent
un rôle clé dans le contrôle de l' humeur et de l'
état mental.
(Modifié d'après Dalhstrom A. et Fuxe K. (1964)
Mémoire
et cognition
Les effets puissants des oestrogènes sur la croissance des fibres
nerveuses et la densité des connexions nerveuses dans le cerveau
offrent des mécanismes possibles par lesquels l'œstrogène
pourrait exercer des effets positifs sur la mémoire et la cognition.
De plus, l'activation du récepteur 2A de la sérotonine est
connue pour réduire la production de la protéine beta-amyloide,
dont en pense qu'elle est la cause des lésions cérébrales
dans la démence d' Alzheimer. Si l'œstrogène augmente l'activité
du récepteur 2A de la sérotonine, ceci pourrait expliquer
l'effet protecteur apparent de l'œstrogène sur l'apparition de
la démence d' Alzheimer.
THR
pour désordres mentaux- Est ce justifié ?
De nouvelles recherches sont nécessaires pour établir le
mécanisme précis des actions de l'œstrogène sur le
cerveau. Cependant, la découverte que l'œstrogène affecte
les mécanismes sérotoninergiques dans des régions
du cerveau qui chez l'humain sont concernées dans le contrôle
de l'humeur, l'état mental et la mémoire, a des implications
importantes pour l'emploi correct de la THR, soit seule, soit en conjonction
avec des drogues psychotropes conventionnelles, pour la prévention
et le traitement des désordres mentaux et de la démence.
La THR, quand elle est bien comprise et appliquée rationnellement
peut offrir une stratégie nouvelle importante pour aborder l'accroissement
redoutable de l'incidence des désordres mentaux liés à
l'âge.
Cette
brève est produite par la British Society for Neuroendocrinology
et peut être utilisée librement pour l'enseignement de la
neuroendocrinologie et la communication vers le public.
©British Society for Neuroendocrinology et Société
de Neuroendocrinologie pour la traduction.
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