| Russell
G. Foster Dpt of Visual Neuroscience, Imperial College Faculty of Medicine,
London, UK Traduction:
Kristel Averous et William Rostène, INSERM U732, Paris
Résumé
La recherche des
dernières décennies a mis en évidence que les cônes
et les bâtonnets ne sont pas les seuls photorécepteurs de l'œil.
Il existe également une population de cellules ganglionnaires sensibles
à la lumière qui agissent telles des détecteurs de luminosité
et régulent de nombreuses fonctions photo sensorielles telles que les rythmes
circadiens, la synthèse de mélatonine, la taille de la pupille ou
encore le comportement. Ces récepteurs seraient même capables de
réguler notre humeur et notre sentiment de bien être. Un
changement de focale Jusqu'à
récemment, le débat sur l'existence chez l'homme ou les mammifères
de nouveaux photorécepteurs suscitait la perplexité ou l'hostilité
de la part de la plupart des chercheurs. Il semblait impossible qu'une chose aussi
importante que l'existence d'un autre groupe de neurones photosensibles ait pu
être ignorée jusque là. L'approche rationnelle consistait
à dire que les yeux avaient été le sujet d'investigations
sérieuses depuis plus de 150 ans et que nous avions compris en gros comment
cet organe fonctionnait. Les photorécepteurs cônes et bâtonnets
de la rétine externe transmettent le signal lumineux. Puis les cellules
de la rétine interne génèrent les stades initiaux du traitement
signal visuel. Enfin, ce même signal topographiquement structuré
voyage via le nerf optique pour atteindre les structures cérébrales
où il subit un traitement plus poussé. Toutes les réponses
à la lumière semblaient soumises à ce procédé.
Cependant, l'étude de la régulation des rythmes circadiens par la
lumière a conduit à la découverte d'une nouvelle forme d'intégration
du signal lumineux qui n'a que très peu de rapport avec la formation des
images. Lumière,
temps et nouveaux récepteurs Notre
système circadien et notre comportement aux diverses demandes de changement
d'activité et de repos sont synchronisés (entraînés)
par le changement quotidien de notre apport en lumière (irradiance) de
l'aurore au crépuscule. Le 'jet lag' est un exemple classique d'un décalage
entre notre rythme biologique et notre environnement. Nous récupérons
du décalage horaire grâce à l'exposition à la lumière
dans le nouveau fuseau horaire. Notre 'pace maker' ou horloge circadienne, réside
dans le noyau suprachiasmatique de l'hypothalamus (figure 1). La destruction
de cette petite paire de noyaux conduit à l'abolition de la rythmicité
sur 24 h. Les informations lumineuses atteignent le système nerveux central
via une voie spécifique (la voie rétino-hypothalamique) qui a son
origine dans la rétine. La perte des yeux chez les mammifères, humains
y compris, confirme que cette stimulation par la lumière prend naissance
dans l'œil. Cependant, les expériences menées dans les années
1990 chez les souris et les humains souffrant de maladies rétiniennes héréditaires,
donnent des résultats surprenants. Malgré la perte de la plupart
des cônes et des bâtonnets et l'absence de perception lumineuse consciente,
la réponse circadienne à l'alternance lumière /obscurité
se poursuit. Il semble extraordinaire que la sensibilité de notre rythme
circadien à la lumière persiste en l'absence de cônes ou de
bâtonnets ou de perceptions visuelles. Cette étude a édifié
les bases de la création d'une souris transgénique (rd/rd cl) ne
possédant ni cônes ni bâtonnets fonctionnels. Malgré
la disparition des photorécepteurs classiques, le rythme circadien et la
régulation de la production de mélatonine par la glande pinéale
demeuraient intacts chez ces animaux. Il devait donc exister un autre système
de capture de la lumière dans l'œil ! De plus, l'étude de ces souris
rd/rd cl a montré que bien d'autres fonctions et comportements liés
à la luminosité environnante étaient intacts ou encore actifs
à un certain niveau en l'absence des photorécepteurs classiques.
Ceci laisse à penser qu'il existe un nouveau type de photorécepteurs
qui contribuerait à bien plus de fonctions physiologiques du mammifère
qu'initialement suspecté. Par exemple, le niveau lumineux régule
le sommeil, la sécrétion du cortisol, le rythme cardiaque, la vigilance,
la performance et l'humeur. Ces réponses à l'irradiance pourraient-elles
être influencées par d'autres cellules que les cônes ou les
bâtonnets ?  | Figure
1 : Image des noyaux suprachiasmatiques (SCN) chez la souris avec les neurones
colorés en vert et jaune et les fibres nerveuses en rouge. OC : Chiasma
optique. | En
voyant le bleu La
localisation de ces cellules, non-cônes, non-bâtonnets, est fondée
sur plusieurs observations. L'approche la plus convaincante est celle utilisée
chez les souris rd/rd en combinaison avec l'étude les flux calciques dans
les neurones. Environ 1% des cellules ganglionnaires répondent directement
à la stimulation lumineuse (figure 2). Une analyse plus poussée
révèle qu'il existe un réseau hétérogène
de cellules intrinsèques sensibles à la lumière dans la couche
des cellules ganglionnaires. Ces cellules utilisent un pigment, jusque là
inconnu, basé sur l'opsin/vitamine A avec un pic de photosensibilité
dans le bleu à 480nm. De plus, d'autres études laissent à
penser que nous possédons le même pigment que la souris, bien que
le gène codant n'ait pas encore été identifié.
 | Figure
2 : Imagerie calcique suite à l'illumination directe des cellules ganglionnaires
de la rétine chez la souris rd/rd cl dépourvue de cônes et
de bâtonnets. La séquence d'images (1-11) montre l'augmentation du
calcium intracellulaire suite à la stimulation lumineuse observée
à l'aide d'un indicateur fluorescent du calcium. L'icône F montre
l'intensité de fluorescence, avant, pendant, et après la stimulation
lumineuse (barre). | Vision
future L'œil
a toujours été considéré comme étant la partie
du système nerveux central la mieux explorée et dont les fonctions
essentielles avaient été bien comprises. La découverte d'un
nouveau système photosensible nous prouve que nous avons encore beaucoup
de choses à apprendre sur l'œil. Une grande partie de cette information
aura une implication clinique, au moins sur la classification de la cécité.
La perte de cônes et des bâtonnets ne veut pas nécessairement
dire que l'individu est "aveugle-circadien ". De plus, il pourrait également
exister des situations dans lesquelles le nouveau système de photorécepteurs
ait disparu. Dans ce cas, les malades pourraient être "aveugles circadiens"
avec des rythmes dérégulés mais auraient toujours un système
de détection des images intact. Les ophtalmologistes commencent seulement
à cerner les conséquences de la perte de la vue. Un état
qui prive l'individu de ses capacités à percevoir à la fois
l'espace et le temps.
Cette
brève est produite par la British Society for Neuroendocrinology et peut
être utilisée librement pour l'enseignement de la neuroendocrinologie
et la communication vers le public. ©British Society for Neuroendocrinology
et Société de Neuroendocrinologie pour la traduction.
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