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Michael Harbuz
Dpt de Médecine, Université de Bristol
Traduction : William Rostène, INSERM
U732, Paris
Résumé
Le mot " stress " est entré dans le langage commun. Malgré
plus d'un demi-siècle d'intenses recherches, nous commençons
seulement à mieux comprendre les interactions complexes entre les
systèmes de notre organisme qui sous-tendent ce phénomène
obscur mais pourtant vital. Le fait de ne pas répondre correctement
à une situation " stressante " peut aboutir à
des conditions pathologiques et nos connaissances sur ce qui ne fonctionne
pas bien ouvrent de réels espoirs pour l'amélioration de
la vie quotidienne de millions d'individus.
Vivre sur les nerfs ?
Nous savons tous ce qu'est le stress et la situation oppressante dans
laquelle nous nous trouvons dans cette condition. Bien moins claire est
la compréhension des mécanismes impliqués.
Le stress, par l'intermédiaire de l'hypothalamus, envoie des signaux
à l'hypophyse qui aboutit à la sécrétion par
les glandes surrénales de corticostéroides dans le sang.
Cette activation de l'axe du stress (HPA) est essentielle à notre
survie. Quand les surrénales ne fonctionnent pas correctement,
comme dans le cas de tuberculose, cancer ou à la suite d'une intervention
chirurgicale, le manque d'hormones corticoides peut aboutir à des
infections qui nécessitent un traitement adapté.
Les agents stressants sont capables d'activer de façon différentielle
un grand nombre de mécanismes dans le cerveau. Ainsi la réponse
à un stress psychologique diffère de celle induite par un
stimulus physique ou douloureux. D'autres mécanismes sont également
impliqués dans la réponse à une agression du système
immunitaire.
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Les
flèches de ce diagramme illustrent l'axe hypothalamo-hypophysio-surrénalien
(HPA) et l'effet de rétroaction des hormones corticostéroides
sur le cerveau. Dans des conditions de stress, maladie ou dépression,
cet axe est profondément altéré.
Bien-être : Bonheur, amour
Mal-être : Stress, maladie, dépression
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Le noyau paraventriculaire
de l'hypothalamus contient les neurones qui coordonnent ces réponses.
Le CRH (corticotropin-releasing hormone) est généralement
considéré comme le principal médiateur hypothalamique
de la réponse au stress. Cependant, dans certaines conditions,
d'autres hormones, telles que la vasopressine, peuvent jouer ce rôle.
Au cours des dernières années, le clonage des récepteurs
du CRH a permis de localiser précisément les sites d'action
de ce neuropeptide. L'identification récente de l'urocortine, une
substance ressemblant au CRH, chez l'homme et différentes espèces,
ayant une localisation distincte de celle du CRH, a ouvert une nouvelle
voie de recherche sur la possibilité d'une famille de peptides
liés au CRH et permettant de comprendre les différents aspects
de la réponse au stress.
Attention au bébé…
Il est maintenant bien établi que les évènements
intervenant au cours de la période néonatale ont un impact
sur la capacité de l'adulte à répondre au stress.
Des expériences réalisées chez des ratons montrent
ainsi que la séparation avec la mère, même pendant
de courtes périodes, ou une infection expérimentale par
des activateurs du système immunitaire, produisent des modifications
de la réponse au stress chez l'animal adulte, et cela sur du long
terme.
On a longtemps pensé que la perte de réponse adéquate
au stress observée après une exposition répétée
à un agent stressant était due à la nature répétée
du stimulus. Or des données récentes ont montré qu'une
simple exposition peut provoquer les mêmes effets qu'une exposition
répétée à l'agent stressant, suggérant
que l'empreinte du stress pendant la période prénatale est
fondamentale.
Quand rien ne va plus : Stress et pathologie
Une réponse adaptée de notre organisme au stress est essentielle.
Nous devons être capables d'identifier rapidement l'agent stressant
qu'il soit psychologique, physique ou immunologique. Un échec dans
une telle identification aboutit à des situations pathologiques
telles que définies ci-dessous.
* Dépression : La dépression est associée
à un changement majeur dans la concentrations de neurotransmetteurs
dans le cerveau, en particulier la sérotonine. Les antidépresseurs
sont utilisés pour rétablir de telles modifications. En
outre, une observation commune à la dépression est l'accroissement
des taux de corticoïdes dans le sang. Les psychiatres commencent
à penser que le changement des taux de neurotransmetteurs ne seraient
que la conséquence de l'activation de l'HPA, et une nouvelle approche
dans le traitement de la dépression pourrait ainsi voir le jour.
* Par contre, à l'inverse de ce que l'on peut observer dans les
pathologies liées au stress, des taux de corticoides faibles ont
été observés chez des patients souffrant d'un stress
post-traumatique. Cela pourrait être dû au passé
de l'individu, comme nous l'avons vu avec le nouveau-né. .
* Les maladies autoimmunes telles que l'arthrite rhumatoide sont
également associées à des modifications neuroendocriniennes,
en particulier la réponse au stress. Ainsi des patients souffrant
d'arthrite rhumatoide et subissant une opération répondent
très mal au stress ce qui n'est pas le cas de patients atteints
d'ostéoarthrite subissant la même opération. Le fait
de ne pas libérer correctement les corticostéroides qui
sont des substances antiinflammatoires peut affecter le processus arthritique.
Ainsi une mauvaise réponse au stress peut avoir d'importantes conséquences
sur notre qualité de vie.
Le stress agit donc sur tous les aspects de notre vie quotidienne. Que
la cause soit psychologique (divorce, décès…), physique
(accident) ou immunologique (infection), notre organisme va plus ou moins
bien s'adapter. On peut espèrer que les avancées récentes
sur la compréhension des mécanismes liés au stress
permettront d'ouvrir de nouvelles voies dans les traitements pour ceux
dont l'organisme, hélas, ne peut répondre correctement.
Cette brève est produite par
la British Society for Neuroendocrinology et peut être utilisée
librement pour l'enseignement de la neuroendocrinologie et la communication
vers le public.
©British Society for Neuroendocrinology et Société
de Neuroendocrinologie pour la traduction.
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