| Professor
Melissa Hines Dept of Psychology (Social and Developmental), University
of Cambridge, UK
Traduction
: Olivier Kah et Marie-Lise Thieulant, Neurogenèse et Oestrogènes,
UMR 6026 CNRS Université de Rennes, Campus de Beaulieu, Rennes , France Résumé Pourquoi
y a-t-il des différences sexuelles dans les comportements humains et pourquoi
certains d'entre nous présentent-ils des comportements fortement liés
au sexe, alors que d'autres non ? Par exemple, pourquoi certaines filles "
garçons manqués " préfèrent-elles jouer avec
des garçons ou des jouets de garçons? De même, pourquoi les
individus diffèrent-ils dans leurs orientations sexuelles, certains étant
attirés par des partenaires de sexe opposé, tandis que d'autres
le sont par ceux de même sexe ? Les taux d'exposition à la testostérone
au cours du développement prénatal pourraient constituer un élément
de la réponse. Les
hormones dirigent le développement sexuel Initialement, les embryons,
tant XX qu'XY, sont bipotentiels en ce qui concerne le sexe phénotypique,
mais c'est l'information portée par le chromosome Y qui déclenche
l'activation des testicules fœtaux ; à 8 semaines de gestation, ils produisent
des androgènes, notamment de la testostérone, à des taux
similaires à ceux du mâle adulte. Par contre, les ovaires fœtaux
ne produisent que peu de testostérone. Il en résulte une différence
sexuelle marquée dans le taux de testostérone au cours de la gestation
dans l'espèce humaine. Avant la naissance, la testostérone agit,
via les récepteurs aux androgènes, sur l'ébauche génitale
primordiale qui conduira au développement du pénis et du scrotum
plutôt qu'à celui du clitoris et des lèvres. La présence,
dans le cerveau en développement, de récepteurs à la testostérone
et autres androgènes, permet aux hormones de modeler le développement
du cerveau, orientant le comportement ultérieur tout au long de la vie.
Les preuves initiales de ces effets sont surtout basées sur l'expérimentation
chez le rongeur. On sait qu'exposer des animaux femelles à la testostérone
au cours du développement précoce induit un comportement mâle
chez l'adulte ; à l'inverse, inhiber la production de cette hormone lors
du développement du mâle conduit à l'effet opposé.
Ces effets sur les comportements semblent dépendants de la testostérone
et de ses dérivés qui contrôlent les processus basiques de
développement du cerveau chez les rongeurs, permettant ainsi à certains
neurones de vivre ou de mourir, déterminant leurs connexions et la nature
de leur identité neurochimique. Des manipulations hormonales précoces
ont aussi été effectuées chez d'autres espèces, y
compris des primates non humains, et ont conduit à des résultats
similaires, suggérant que le comportement humain dépendant du sexe
serait le reflet de l'imprégnation du cerveau par la testostérone
au cours de la vie précoce.
Des
singes vervets au contact de jouets à caractère sexué | | | Gauche
: femelle avec une poupée | Droite
: mâle avec un camion | | Adapté
de Alexander & Hines, Evolution and Human Behavior (2002) 23: 467-479. |
Les
hormones influencent le choix de jouets à caractère " sexué
" La preuve majeure du rôle essentiel de l'imprégnation
androgénique précoce sur le comportement humain provient des études
portant sur les jeux des enfants. Par exemple, des fillettes exposées à
des taux androgéniques élevés au cours de leur vie intra-utérine
en raison de désordres génétiques tels que l'hyperplasie
congénitale surrénalienne (CAH), ont plus d'attirance pour les jouets
traditionnels de garçon, petites voitures et armes, que pour les poupées.
Elles sont aussi attirées par des activités de garçon, et
jouent préférentiellement avec eux. Les variations normales de l'exposition
prénatale à la testostérone peuvent aussi être reliées
au comportement futur de l'enfant. Un exemple étonnant montre que les mères
de fillettes très " féminines " présentent des
taux de testostérone plus faibles durant la grossesse que celles de filles
très " garçons ". Le taux de testostérone du liquide
amniotique est aussi un élément indicateur du futur comportement
de l'enfant. Les recherches corrélant le choix des jouets par l'enfant
en fonction de l'exposition prénatale à la testostérone remettent
en cause la notion selon laquelle l'attirance pour les jouets dits " de garçon
" ou " de fille " dépend de l'éducation et du contexte
social. Il faut souligner que les primates non humains montrent des préférences
similaires à celles des humains en ce qui concerne les jouets à
caractère sexuellement orienté, suggérant que les choix préférentiels
des filles et des garçons font partie de notre patrimoine ancestral. Les
hormones influencent l'orientation sexuelle Les taux d'hormones prénatales
ont aussi été reliés à l'orientation sexuelle de l'individu.
La plupart des femmes exposées au cours du développement prénatal
à des taux de testostérone élevés, en raison d'une
" CAH ", sont hétérosexuelles ; cependant, d'une manière
générale, elles montrent un intérêt réduit pour
les relations hétérosexuelles et, au contraire, un intérêt
accru envers des partenaires de même sexe. De plus, ces changements d'orientation
sexuelle semblent corrélés à la sévérité
du " CAH ", suggérant une relation dose-réponse. D'autres
comportements liés à l'exposition prénatale à la testostérone
incluent la notion même d'identité sexuelle (sens profond du genre
mâle ou femelle) : agression sexuelle ou empathie. Les femmes présentant
une " CAH " ont, au niveau des noyaux de l'amygdale, un fonctionnement
cérébral de type mâle devant un visage exprimant une émotion
négative, or cette région du cerveau est décrite comme une
zone liée au comportement agressif. De plus, on sait, chez d'autres mammifères,
que cette zone contient des récepteurs aux androgènes et que son
développement est contrôlé par les androgènes. ---------------------- Les
primates non humains montrent des préférences similaires à
celles des humains en ce qui concerne les jouets à caractère sexuellement
orienté ----------------------
Hormones
et conséquences psychiatriques Certains états psychiatriques
sont liés au sexe, suggérant un rôle de l'exposition prénatale
aux hormones. Par exemple, on note une prévalence des cas de syndrome autistique
(SA) et de problèmes d'apprentissage chez les garçons, tandis que
la dépression serait plus liée au sexe féminin. L'exposition
prénatale aux androgènes est corrélée à certains
traits psychologiques eux-mêmes liés au SA, tels que l'empathie.
Cependant, les individus exposés à des taux élevés
d'androgènes en raison de CAH ne semblent pas présenter un risque
accru de SA. Les troubles envahissants du développement, tels que le SA,
pourraient être un domaine où les effets génétiques
directs liés au chromosome X seraient plus importants que les effets des
hormones sexuelles.
Nature
plus éducation Les hormones et les chromosomes sexuels ne sont pas
les seuls facteurs influençant l'apparition de comportements humains liés
au sexe. Par exemple, les enfants miment le comportement de leurs camarades de
même sexe et, quand on leur parle de choses de " filles " ou de
choses de " garçons ", ils montrent de l'intérêt
pour les choses dont on leur a dit qu'elles concernaient plutôt leur sexe.
Il est surprenant de noter que, dans une certaine mesure, les différences
observées entre sexes et individus pour des jeux ou des comportements d'ordre
sexuel sont innées.La testostérone sculpte le cerveau avant la naissance
pour prédisposer les individus à certains penchants après
la naissance, mais ces penchants peuvent être influencés ultérieurement
par des expériences.
Cette
brève est produite par la British Society for Neuroendocrinology et peut
être utilisée librement pour l'enseignement de la neuroendocrinologie
et la communication vers le public. ©British Society for Neuroendocrinology
et Société de Neuroendocrinologie pour la traduction.
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