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Dr
Megan C. Holmes
Department of Clinical
Neuroscience
University of Edinburgh, Western General Hospital
Edinburgh, UK
Traduction: William Rostène, INSERM U732, Paris
Résumé
L'environnement
au cours de la grossesse et pendant les premières années
de la vie joue un rôle essentiel pour notre développement
et notre future façon de vivre. De petites perturbations de cet
environnement néonatal peuvent être la cause de troubles
cardiovasculaires, métaboliques et de déficits cognitifs
plus tard dans notre vie. Plusieurs données montrent par exemple
que le stress chronique chez la mère induit une diminution du poids
du bébé et un accroissement du risque de troubles nerveux
et des fonctions cognitives chez l'enfant. Les corticoides, qui semblent
agir sur la programmation du développement de notre cerveau, sont
ainsi élevés dans le sang en cas de stress, et peuvent donc
perturber le fonctionnement cérébral.
Le gène
ou l'acquis
Il est
connu que les gènes hérédités de nos parents
jouent un rôle essentiel dans notre façon de mener notre
vie et aussi de répondre aux diverses maladies. Cependant, de nombreuses
données montrent que l'environnement au cours de notre développement
et de notre enfance est également impliqué. On connaît
tous les effets dangereux des drogues ou de l'alcool durant la grossesse
mais que sait-on des changements plus subtils au cours de cette période
sur notre corps ?
Plusieurs études épidémiologiques ont montré
une corrélation entre le poids à la naissance, les risques
d'hypertension, l'apparition du diabète, le taux de cholestérol
sanguin et les accidents cardiovasculaires. Ces observations ont emmené
les chercheurs à se demander si il n'y aurait pas " une origine
ftale aux maladies de l'adulte " et à identifier les évènements
et les facteurs qui peuvent modifier le développement ftal et
la " programmation " permettant d'être plus ou moins sensibles
à des troubles cardiovasculaires ou métaboliques.
Evènements
précoces et fonctions cérébrales
Des évènements
de notre première enfance peuvent-ils programmer notre cerveau
? Le développement de nos cellules nerveuses sont extrêmement
sensibles à diverses molécules comme les facteurs de croissance,
les facteurs de transcription génique et les hormones, telles les
hormones stéroides, qui peuvent altérer le renouvellement
des cellules, leur migration et la formation des réseaux nerveux.
Des modèles animaux ont été utilisés pour
démontrer ces phénomènes, en particulier les conséquences
d'une manipulation de l'environnement prénatal, comme le stress
prénatal, au cours duquel la mère gestante est soumise à
un agent stressant non prévu comme la lumière intense ou
le bruit. Les candidats potentiels ont été naturellement
les corticoides libérés par la glande surrénale au
cours de ces épisodes de stress.
Bien qu'il y ait une barrière empêchant les corticoides de
franchir le placenta (ce dernier fabriquant une enzyme qui détruit
ces hormones), celle-ci peut être rompue, rendant le ftus directement
exposé à ces stéroides. Ainsi l'administration à
haute dose d'un corticoide synthétique ou d'un inhibiteur de cette
enzyme produit les mêmes effets que le stress prénatal avec
une diminution du poids, une hypertension et un taux de glucose élevé
dans le sang. Les forts taux de corticoides aboutissent après un
certain temps à une hyperactivité de l'axe corticotrope
ou axe du stress qui se traduit par une augmentation de l'expression dans
le cerveau du gène d'un peptide, le CRH (corticotrophin-releasing
hormone), qui a son tour accroît la libération de corticoides.

Figure:
Photographies montrant l'expression du gène du CRH dans le noyau
paraventriculaire de l'hypothalamus chez le rat adulte dont la mère
a été traitée (à droite) ou non (à
guche) par un corticoide de synthèse, la dexaméthasone.
L'expression du CRH est ainsi augmentée chez les animaux dont la
mère a été traitée entre 14-20 jours de grossesse
par le stéroide. Cette augmentation provoque une activation de
l'axe du stress et une production encore accrue de corticoides dans le
sang.
Des
tests spécifiques ont montré que les petits dont la mère
a reçu ces fortes doses de corticoides sont plus anxieux. Leur
habilité cognitive est également affectée. Les petits
ont ainsi plus de mal à apprendre dans les tests de mémoire
spatiale. Ces changements comportementaux sont liés à des
modifications neurochimiques dans une région cérébrale,
l'amygdale, qui joue un rôle clé dans les phénomènes
de peur et d'anxiété.
A-t-on les mêmes
risques chez l'homme ?
De façon
frappante, un faible poids de naissance a pu être considéré
comme un facteur de risque d'autisme, de dépression et de suicide.
Un stress de la mère (par exemple un décès dans la
famille) durant la grossesse peut être associé à une
diminution du temps de la grossesse et à une diminution de la croissance
ftale aboutissant à des troubles comportementaux chez l'enfant.
En outre, un stress postnatal cette fois, peut induire des effets identiques
avec des troubles du comportement et de la personnalité plus tard
à l'âge adulte. Ces observations suggèrent que la
période de " programmation " n'a pas lieu seulement durant
la vie ftale, mais s'étend aussi à la période postnatale.
Il reste qu'il est parfois difficile de dissocier des effets chez le ftus
et chez le nourrisson, les mêmes circonstances environnementales
étant souvent présentes.
Peut-on faire
quelque chose ?
Il est cependant
possible dans certains cas de déterminer la part revenant à
la période ftale de celle du nouveau-né. Des études
chez l'animal en utilisant un test de manipulation des petits rats (handling)
qui stimule le contact avec la mère, produit de tels effets bénéfiques
sur l'axe du stress et le comportement, qu 'il est même possible
de contrecarrer les effets négatifs d'un stress prénatal.
Il serait souhaitable que les médecins soient conscients des conséquences
à long terme de ces faits intervenant au cours de la période
périnatale et qu'ils puissent agir pour réduire ces effets
; par exemple, réduire le stress pendant la grossesse et éviter
les trauma psychologiques, éviter si possible l'utilisation de
corticoides chez la femme enceinte ou le nourrisson.
Ces données
issues de la neuroendocrinologie nous permettent d'appréhender
sous un jour nouveau les facteurs de risque précoces et préparer
une prévention adéquate pour les personnes à risque.
Cette brève est produite par la British Society
for Neuroendocrinology et peut être utilisée librement pour
l'enseignement de la neuroendocrinologie et la communication vers le public.
©British Society for Neuroendocrinology et Société
de Neuroendocrinologie pour la traduction.
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