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Prof. Keith Kendrick
Babraham Institute, Cambridge,
Royaume Uni.
Traduction : Pascal Poindron, UMR 6175 INRA
CNRS , Tours
Résumé
L'ocytocine et la vasopressine sont deux neuropeptides hypothalamiques
libérés dans le cerveau au moment de la parturition ou de
l'accouplement. Ils sont impliqués dans la facilitation d'un attachement
entre les parents et leurs jeunes, par exemple comme chez la brebis, ou
encore entre partenaires sexuels dans des espèces monogames comme
le campagnol. De tels liens ne s'établissent que dans des espèces
chez lesquelles des récepteurs de ces neuropeptides sont fortement
exprimés dans des structures dopaminergiques de récompense.
Dans l'espèce humaine, des dysfonctions dans ces mêmes structures
peuvent être associées avec l'autisme et, lorsque nous rencontrons
des personnes que nous aimons, ces systèmes sont activés
La neurochimie des relations sociales.
La plupart des mammifères vivent en sociétés complexes
qui fournissent des avantages en termes de protection, de reproduction
et d'accès aux ressources alimentaires. Cependant, des exemples
de liens sociaux émotionnels forts entre individus sont souvent
difficiles à trouver. Moins de 4% des espèces établissent
des liens monogames et même si un comportement maternel adapté
avec reconnaissance de la progéniture est la règle, peu
d'espèces montrent des liens interindividuels aussi forts que ceux
qui unissent les parents et leurs enfants chez l'Homme. Dans les dernières
décades, des recherches sur des espèces animales plutôt
inattendues dans ce domaine, le campagnol et la brebis, ont commencé
à dévoiler les substrats nerveux et les systèmes
neurochimiques qui contrôlent la monogamie et l'attachement parental.
De manière peut-être un peu surprenante, on a pu se rendre
compte que ces mêmes systèmes sont aussi activés lorsque
des êtres humains voient ceux qu'ils aiment. De plus ces systèmes
peuvent présenter des anomalies de fonctionnement chez des personnes
souffrant de certains désordres affectifs, comme l'autisme.
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Campagnol
de prairie femelle vérifiant les caractéristiques génétiques
du récepteur V1a de son partenaire mâle |
Se reconnaître pour s'aimer.
Cela ne sert à rien d'être capable de s'attacher à
quelqu'un si l'on est incapable de le reconnaître. Des neuropeptides
tels que l'ocytocine et la vasopressine, dont on sait qu'ils sont impliqués
dans la formation des liens sociaux, facilitent aussi l'établissement
de la mémoire sociale permettant la reconnaissance du partenaire
sexuel ou du nouveau né. Jusqu'ici cela n'a été démontré
que pour la reconnaissance olfactive et le processus implique les fortes
actions facilitatrices de ces peptides sur la libération de noradrénaline
au niveau cérébral. Toutefois, des données obtenues
chez la brebis indiquent que les signaux visuels de la face de peuvent
également provoquer une libération intracérébrale
d'ocytocine.
Bien que ces deux neuropeptides semblent être intimement impliqués
dans la reconnaissance sociale chez plusieurs espèces, une question
clé demeure : pourquoi facilitent-ils en plus l'attachement social
dans certaines espèces et pas dans d'autres ? La réponse
est tout simplement qu'un attachement ne prend place que si leurs récepteurs
sont fortement exprimés dans des régions cérébrales
dopaminergiques associées avec les processus de récompense.
Chez les femelles qui s'attachent sélectivement à leur nouveau-né
après la parturition, ou qui forment un couple exclusif avec un
mâle suite à la copulation avec celui-ci, les récepteurs
à ocytocine sont fortement exprimés dans une région
particulière du cerveau, le noyau accumbens. De plus, l'ocytocine
peut aussi faciliter la libération intracérébrale
de dopamine. Par contre chez les espèces qui ne forment pas de
tels liens, cette relation avec les centres de récompense dopaminergiques
est beaucoup plus faible. C'est également vrai pour le système
vasopressinergique, qui facilite l'attachement chez les mâles, même
si dans ce cas c'est le pallidum ventral qui est le site dopaminergique
impliqué dans le renforcement. Dans ce dernier cas, des séquences
répétitives d'ADN de type microsatellite ont été
identifiées dans le gène codant pour le récepteur
V1a de la vasopressine, avec comme résultat une augmentation de
la distribution de ce récepteur dans le pallidum ventral. De fait,
on peut prendre artificiellement la version "attachement social"
de ce gène d'un Campagnol de Prairie monogame pour la faire s'exprimer
dans la même région cérébrale chez une autre
espèce très proche, le Campagnol des Prés, qui est
naturellement asocial et non monogame. Une telle manipulation rend alors
ce dernier monogame. Dans l'espèce humaine, il existe également
un certain nombre de polymorphismes du gène du récepteur
V1a et on trouve une association entre ces variations et l'autisme qui,
bien que faible, n'en est pas moins significative. D'un autre côté,
savoir si les humains montrant une tendance à des formesde monogamie
moins stables ne possèdent pas la forme la plus appropriée
du gène pour l'attachement, reste pure spéculation !
Il existe aussi une étroite relation entre les systèmes
ocytocinergique et vasopressinergique d'une part, et la modulation des
neuropeptides opiacés de l'autre. Le système opiacé
endogène cérébral est une autre source de récompense,
et les effets de l'ocytocine sur l'attachement maternel peuvent être
perturbés par le blocage des récepteurs opiacés de
type µ. Chez les primates non humains et chez l'homme, la réduction
du rôle renforçateur des centres opiacés cérébraux
par le blocage pharmacologique des récepteurs µ induit de
fait la recherche du contact social, et ceci a été utilisé
comme approche thérapeutique de l'autisme.
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"Il apparaît que les espèces sociales ont développé
un double mécanisme pour assurer que les liens sociaux soient à
la fois recherchés et entretenus"
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Les liens d'attachement - Un investissement à
long terme.
De fait, un paradoxe apparent semble résider dans le fait que les
systèmes impliqués dans la formation et le maintien des
liens sociaux sont aussi des stimulateurs potentiels de l'anxiété.
Il apparaît que les espèces sociales ont développé
un double mécanisme pour assurer que les liens sociaux soient à
la fois recherchés et entretenus - on est anxieux jusqu'à
ce que le contact social soit établi et, lorsque cela est réalisé,
notre anxiété est généralement (bien que pas
toujours) remplacées par des sentiments de plaisir.
La part exacte jouée par l'ocytocine et la vasopressine dans le
maintien des liens après leur mise en place reste à préciser.
Par exemple, lorsque la libération intracérébrale
d'ocytocine a stimulé le comportement maternel après la
naissance, elle n'est plus essentielle pour le maintenir - même
si l'allaitement, ou les rapports sexuels dans le cas d'un lien monogame,
continuent à induire sa libération. Il est possible que
ces peptides aient simplement pour rôle majeur d'assurer la formation
des liens sociaux, ainsi que la liaison entre les systèmes de reconnaissance
avec ceux assurant un sentiment de plaisir. Par la suite, la répétition
d'épisodes de libération ne fait peut-être que les
renforcer ou les entretenir à long terme.
Mais est-ce de l'amour ?
Ces systèmes neuropeptidiques somme toute assez simples qui sont
impliqués dans l'établissement des liens sociaux chez le
campagnol et la brebis, sont-ils aussi responsables de nos sentiments
humains " d'amour " ? Des études d'imagerie cérébrale
sur des sujets visionnant des images de leur partenaire amoureux ou de
leur bébé ont permis de confirmer que les régions
cérébrales riches en ocytocine et en vasopressine, ainsi
que les centres dopaminergiques de récompense, sont effectivement
bien impliqués. Alors peut-être bien que l'amour n'est en
fin de compter qu'une simple affaire de biochimie et d'attraction animale
!
Cette brève est produite par
la British Society for Neuroendocrinology et peut être utilisée
librement pour l'enseignement de la neuroendocrinologie et la communication
vers le public.
©British Society for Neuroendocrinology et Société
de Neuroendocrinologie pour la traduction.
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