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Professor Tim Kirkham School of Psychology, University
of Liverpool, UK Traduction et adaptation: Jacques
Epelbaum, INSERM U894, Paris Résumé Le
cannabis agit en mimant les endocannabinoïdes qui sont des modulateurs naturels
spécifiques des récepteurs CB1 dans le cerveau et les tissus périphériques.
Ces molécules augmentent l'appétit par une double action, à
la fois sur l'envie et le plaisir du repas. De plus, elles favorisent le stockage
de l'énergie dérivée des aliments sous forme de graisse qui
se dépose dans le tissu adipeux. Ces découvertes ont laissé
suggérer que des bloquants des récepteurs CB1 pourraient être
utilisés en tant que médicaments anti-obésité.
Le
pouvoir de la nourriture En biologie, on considère généralement
la prise alimentaire comme un des éléments du système homéostasique
chargé d'équilibrer l'apport et la dépense énergétique
afin de maintenir la stabilité du poids corporel. Bien que de tels modèles
soient utiles et leur efficacité avérée dans d'autres domaines
de la physiologie (par exemple la régulation fine de l'équilibre
hydrique, la régulation de la soif et de l'ingestion de sodium), notre
appétit pour la nourriture est par ailleurs soumis à de puissantes
influences d'ordre psychologique. La plupart d'entre nous résistent mal
en présence d'un buffet bien rempli, certains allant même jusqu'à
surmonter un malaise d'ordre physique afin de s'empiffrer d'un dessert appétissant.
La goinfrerie fait partie de notre héritage évolutif et, loin de
maintenir un équilibre strict entre apport et dépense énergétique,
nos mécanismes motivationnels s'efforcent au contraire d'augmenter la prise
de nutriments et l'activité de systèmes particulièrement
efficaces pour un stockage presque illimité de l'énergie excédentaire.
Notre susceptibilité aux propriétés sensorielles, ou même
seulement à l'idée de celles-ci, est une des causes principales
de l'obésité : la conséquence de systèmes psychologiques
qui répondent à la variété et au goût agréable
de la nourriture dans un monde de tentations où abondent les hamburgers
et autres gateaux à la crème, sans compter les sodas renforcés
en sucre, les charcuteries et le chocolat !  | Images
en pseudocouleurs illustrant la densité des récepteurs CB1 dans
le cerveau de rat au niveau du noyau accumbens (NAcc). Comparé à
un animal contrôle recevant un régime standard (panneau du haut),
un animal devenu obèse par surconsommation d'une nourriture hautement palatable
et riche (régime cafétéria) (panneau du bas) montre une diminution
marquée de la densité des récepteurs CB1 au niveau du Nacc.
Ce changement est attribué à une "down-régulation"
des récepteurs CB1 suite à une augmentation de la libération
des endocannabinoïdes en réponse aux propriétés sensorielles
du régime cafétéria, de sa surconsommation et du développement
de l'obésité. Cliché
Jo Harrold, Liverpool |  |
Modèles
avaricieux et hédonistes Des données récentes ont
renforcé l'idée qu'il existe deux systèmes en interaction
pour le contrôle central de l'appétit, le premier régulant
le "besoin" et l'autre le "plaisir" de manger. Le système
dopaminergique méso-limbique qui prend son origine dans l'aire tegmentale
ventrale et se termine dans le noyau accumbens est la clé du "besoin"
de manger et il évalue la valeur incitative ou la force motivationnelle
de la nourriture. Il nous oriente vers des stimuli liés à la nourriture
qui, quand nous sommes affamés, accentuent notre intérêt pour
des nouvelles sources de nutriments. Par ailleurs, des circuits neuronaux au sein
du noyau accumbens sont l'autre clé qui permet l'évaluation hédoniste
de la nourriture au moment même où nous l'ingérons, influençant
ainsi la taille du repas et encourageant une surconsommation de nourritures palatables
(agréables au goût). La manipulation pharmacologique des activités
de ces deux systèmes peut influencer de manière critique la façon
dont nous voudrons ou aimerons la nourriture, déterminant ainsi, si et
quelle quantité en sera ingérée. Les
cannabinoïdes dans le besoin et le plaisir Les actions psychoactives
de la marijuana (Cannabis sativa) dépendent de l'action agoniste
du delta9-tetrahydrocannabinol (THC) sur les récepteurs CB1 exprimés
dans différentes régions cérébrales, incluant les
systèmes "besoin" et "plaisir" centrés sur le
noyau accumbens. Les "grignotages" (munchies) du folklore du
cannabis dérivent de la capacité du THC à mimer l'action
des agonistes naturels (endogènes) de ces récepteurs : les endocannabinoïdes.
Des milliers d'années d'expérience de la "fumette" ont
permis de commencer à comprendre le rôle biologique de ces neuromodulateurs
dans le contrôle physiologique de l'appétit par le cerveau. ---------------------- …
L'obésité a été liée à des niveaux élevés
d'activité cannabinoïde dans le cerveau et à la périphérie... ---------------------- L'administration
intracérébrale (particulièrement au niveau du noyau accumbens)
des endocannabinoïdes anandamide, 2-arachidonoylglycerol (2-AG) ou ether
de noladine stimule la prise de nourriture chez les animaux de laboratoires alors
qu'un blocage avec des antagonistes des récepteurs CB1, comme le rimonabant,
la diminue. Les études comportementales montrent que le cannabinoïdes
augmentent principalement la valeur incitative de la nourriture : même des
rats complètement rassasiés se remettent à manger (et même
s'il doivent travailler durement pour ce faire!). Le jeûne qui augmente
naturellement l'envie de manger est associé à une augmentation des
niveaux centraux d'anandamide et de 2-AG. ; ce qui potentialise l'activité
du réseau " besoin " mésolimbique. Les
endocannabinoïdes semblent aussi capable de moduler les aspects hédoniques
des repas : le "plaisir" des repas après stimulation des récepteurs
CB1 est souvent rapporté par les fumeurs de cannabis. Les animaux de laboratoires
ne peuvent nous donner des évaluations subjectives mais des paradigmes
comportementaux appropriés révèlent que l'anandamide, le
2AG et le THC produisent tous les trois des changements de comportement compatibles
avec une plus grande palatabilité de la nourriture (alors que les antagonistes
CB1 ont l'effet inverse) ; ceci est d'autant plus vrai lorsque l'anandamide est
injecté directement dans le noyau accumbens. Une
cible thérapeutique toujours d'actualité Les endocannabinoïdes
ont également été impliqués dans les mécanismes
métaboliques périphériques qui sous-tendent le stockage de
l'énergie excédentaire dans le tissu adipeux. Le foie et les cellules
adipeuses expriment des récepteurs CB1 et leur stimulation par des agonistes
amènent à une accélération de la lipogénèse.
Un effet inverse est observé avec les antagonistes CB1 qui pourraient peut-être
augmenter la dépense énergétique. L'obésité
a été liée à des niveaux élevés d'activité
cannabinoïde dans le cerveau comme en périphérie. L'action
combinée des antagonistes CB1 sur les systèmes centraux et périphériques
a mené presque naturellement à leur promotion comme agents anti-obésité,
le rimonabant étant le premier agent de cette classe à pouvoir être
prescrit afin de diminuer le poids corporel et normaliser le syndrome métabolique
lié à l'obésité. Jusqu'à présent, l'usage
de tels médicaments a été ralenti par des effets secondaires
qui reflètent l'implication des endocannabinoïdes dans de nombreuses
fonctions physiologique et psychologiques. Quoiqu'il en
soit, le système endocannabinoïde, avec son double aspect motivationnel
et métabolique, représente toujours une cible pharmacologique fascinante
pour le traitement des troubles de l'appétit ou du poids corporel et les
maladies associées. Cette
brève est produite par la British Society for Neuroendocrinology et peut
être utilisée librement pour l'enseignement de la neuroendocrinologie
et la communication vers le public. ©British Society for Neuroendocrinology
et Société de Neuroendocrinologie pour la traduction.
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