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Carmine
M. Pariante
Institut de psychiatrie, King's College, Londres
Traduction
par William Rostène, INSERM U732, Paris
Résumé
La dépression se caractérise par une hyperactivité
de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA) ou axe corticotrope
qui ressemble à la réponse neuroendocrine au stress. Les
modifications de l'HPA participent au développement de symptômes
depressifs. Ainsi les antidépresseurs régulent directement
l'axe HPA. Ces données illustrent d'un jour nouveau notre approche
des causes et du traitement de cette maladie mentale.
Dépression
majeure : importance majeure
La dépression
majeure coûte chaque année plus de 50 billions d'euros rien
qu'aux Etats Unis, en Grande Bretagne ou en France. Elle est la cause
d'incapacités physiques et morales et surtout de suicides de par
le monde. Pourquoi la neuroendocrinologie peut-elle s'intéresser
à la dépression, maladie psychiatrique par excellence ?
La dépression se caractérise par une hyperactivité
de l'axe HPA qui ressemble à la réponse neuroendocrine au
stress. Cette activation ne serait pas un simple épiphénomène
de la dépression, mais jouerait plutôt un rôle essentiel
dans la pathogenèse de la dépression et représenter
ainsi une cible thérapeutique encore peu explorée.
L'axe HPA est médié par la sécrétion d'un
peptide, le CRH (corticotropin-releasing hormone) par l'hypothalamus.
Le CRH active la sécrétion de l'hormone adrénocorticotrope
ou ACTH par l'hypophyse. L'ACTH libérée dans le sang agit
sur les glandes surrénales permettant la libération des
glucocorticoides. Ces derniers interagissent avec leurs récepteurs
situés dans de nombreux organes de notre corps afin de réguler
en particulier notre métabolisme énergétique.
En se fixant sur ses récepteurs au niveau de l'hypophyse et du
cerveau, les glucocorticoides peuvent bloquer leur propre sécrétion
en agissant sur la libération du CRH et de l'ACTH (phénomène
appelé rétroaction négative).
Trois aspects mettent en évidence la relation entre stress, dépression
et axe HPA. 1) la dépression, et ses symptômes principaux
que sont l'humeur triste, l'incapacité à éprouver
du plaisir et la baisse d'énergie, est une réponse universelle,
transculturelle, à des évènements stressants, en
particulier lorsque le stress est chronique ou que la personne n'a aucun
contrôle de la situation. 2) Le stress active l'HPA, conduisant
à une libération massive de glucocorticoides dans le sang
; la dépression, lorsqu'elle est sévère, se caractérise
aussi par cette augmentation de l'activité de l'HPA. 3) Les traitements
qui modifient la réponse au stress, telles que les thérapies
de groupe, permettent une amélioration de la réponse au
stress et ont un effet antidépresseur ; en outre, les antidépresseurs
diminuent l'activité HPA.
Faits et questions
Les modifications
de l'HPA chez des personnes en dépression majeure sont tout à
fait similaires à celles que l'on peut observer chez des animaux
mis en condition de stress chronique. Dans ces conditions, l'on observe
non seulement une activation de l'HPA mais aussi un système de
rétroaction négative des glucocorticoides qui ne fonctionne
pas bien, entraînant une libération importante de CRH. Ils
présentent également un accroissement du volume des surrénales
et de l'hypophyse. Ainsi on peut envisager l'hypothèse selon laquelle
l'hyperactivité de l'HPA chez des personnes déprimées
pourrait être liée à une diminution du fonctionnement
des récepteurs aux glucocorticoides, ne permettant pas au cortisol
circulant dans le sang de produire sa régulation négative
sur l'HPA provoquant ainsi une sorte de " résistance aux glucocorticoides
". En accord avec cette idée, les antidépresseurs augmentent
l'expression et la fonctionnalité des récepteurs aux glucocorticoides
dans le cerveau, permettant un accroissement de la rétroaction.

Figure : Deux
voies possibles pour expliquer la participation de l'HPA au développement
de la dépression. Voie A : Les taux élevés de cortisol
induisent des symptômes dépressifs (comme dans la maladie
de Cushing). Voie B : Le manque de cortisol induit des effets dépressifs
(comme dans la maladie d'Addison)
Il reste cependant
une importante question hélas non résolue (voir figure).
Le fait que les personnes déprimées ont une hyperactivité
de l'HPA signifie-t-elle qu'une forte quantité de cortisol arrive
à leur cerveau et que les symptômes dépressifs pourraient
être la conséquence d'un effet " toxique " du cortisol
( Voie A) ? Ou bien à l'opposé que l'hyperactivité
reflète un mécanisme de compensation, le cerveau devenant
résistant aux effets du cortisol circulant (Voie B) ? Cette question
est loin d'être purement théorique car elle peut décider
de la thérapeutique à mettre en œuvre. Dans la première
hypothèse, il faudrait diminuer les taux de cortisol, et à
l'inverse augmenter ces taux dans la seconde. Cependant la situation n'est
pas simple car un accroissement du cortisol sanguin ne s'accompagne pas
nécessairement d'effets amplifiés dans le cerveau puisque
la sensibilité des neurones est régulée par les récepteurs
aux corticoides eux-mêmes. La nature n'aide pas les chercheurs à
comprendre, car des dépressions ont été observées
chez des patients atteints de la maladie de Cushing (taux élevés
de cortisol) et chez des Addisons (taux bas de cortisol). En outre, diminuer
ou augmenter le cortisol produit les mêmes effets antidépresseurs
chez les patients déprimés.
Bon ou mauvais
?
Pourquoi donc
le stress qui produit cette activation de l'HPA indispensable à
notre survie induit-il également une chose aussi mauvaise que la
dépression ? La réponse, d'un point de vue de l'évolution,
est que la dépression- si vous êtes un fauve plongé
dans la froide toundra canadienne, ou un gorille dominé par ses
congénères- est une réponse adaptative. La dépression
diminue notre envie de disperser notre énergie vers un but que
l'on ne peut atteindre, nous protège en quelque sorte contre le
comportement agressif des autres par un repli sur soi.
Aujourd'hui, de nombreuses recherches démontrent que l'activation
de l'HPA interagit avec des systèmes de neurotransmetteurs tels
la sérotonine, régulant notre comportement. Cette idée
trouve des arguments en clinique, puisque la normalisation de l'HPA par
des antidépresseurs précède les effets thérapeutiques
sur les symptômes dépressifs. Même si les mécanismes
précis restent inconnus, si le cortisol est bon ou mauvais, le
développement important de cette recherche nous a déjà
amené à concevoir les causes de la dépression sous
un jour autre qu'un phénomène purement cérébral.
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" Une
façon de voir la dépression est de considérer une
réponse au stress mal régulée "
Charles B. Nemeroff 1996
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Cette brève est produite par la British Society
for Neuroendocrinology et peut être utilisée librement pour
l'enseignement de la neuroendocrinologie et la communication vers le public.
©British Society for Neuroendocrinology et Société
de Neuroendocrinologie pour la traduction.
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