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John
A. Russell,
Laboratory of Neuroendocrinology
Department of Biomedical Sciences
University of Edinburgh
Traduction
: André Calas, UMR 7101 CNRS, Université Pierre et
Marie Curie, Paris
Résumé
Le cerveau d'une mère est préparé par les hormones
de la gestation en vue de lui permettre de manifester les sentiments maternels
qui assureront les soins au nouveau-né. Ces hormones induisent
une cascade de changements dans le cerveau, en réduisant les réactions
de stress, en suscitant un comportement maternel et en préparant
les circuits neuroendocrines qui commandent le processus de la naissance
et assurent ensuite la montée du lait et l'allaitement. Les cellules
nerveuses qui synthétisent l'ocytocine sont impliquées dans
tous ces aspects de la maternité et les progrès actuels
permettent de décrire comment les performances de ces neurones
sont adaptées par la gestation.
Adaptation des
circuits
Peu de femelles de mammifères témoignent d'un comportement
maternel sans gestation. Cela implique des " changements " dans
le cerveau de la mère gestante dont la coïncidence entre comportement
maternel et naissance n'est qu'un aspect. Le cerveau contrôle automatiquement
de nombreuses adaptations à la gestation telles qu'une augmentation
de l'appétit, une expansion du volume sanguin et une respiration
plus profonde. Par l'intermédiaire de l'hypophyse, le cerveau empêche
d'autres ovulations et donc évite le risque d'une autre gestation
en compétition. Au terme, le cerveau induit les contractions de
l'utérus pour expulser le foetus et il stimule ensuite les glandes
mammaires pour la production du lait. Ces adaptations des circuits nerveux
du cerveau maternel sont préparées par l'action des hormones
de la gestation. Alors que les circuits pilotant la naissance, le comportement
maternel et l'allaitement sont prêts pour leur mise en jeu rapide
au moment du terme, ils doivent cependant être freinés jusqu'à
la naissance ; ainsi possèdent-ils des contrôles efficaces,
tant inhibiteurs qu'excitateurs.
Les hormones de
la grossesse et le cerveau
Le corps jaune formé à partir du follicule "ovulé"
de l'ovaire ainsi que le placenta et le foetus sécrètent
des quantités massives d'hormones dans la circulation maternelle.
Les hormones stéroïdiennes femelles, oestrogènes et
progestérone, sont d'une importance capitale. Étant liposolubles,
elles entrent facilement dans le cerveau et agissent sur les nombreuses
cellules nerveuses portant des récepteurs aux oestrogènes
et à la progestérone dans les "circuits de la maternité".
L'action des oestrogènes sur les gènes et les effets directs
de la progestérone sur la surface cellulaire des neurones modifient
l'équilibre entre l'inhibition et l'excitation. D'autres hormones
peptidiques, telles que la relaxine et la prolactine, sont sécrétées
uniquement lors de la gestation, et peuvent aussi agir sur le cerveau.
L'état de gestation est signalé au cerveau par le "patron"
de sécrétion de ces hormones. Au fur et à mesure
que le terme approche le rapport progestérone sur oestrogène
s'effondre.

Figure : Un
neurone à ocytocine préparé à une activité
en bouffées pour l'accouchement. Pendant la gestation, les neurones
à ocytocine stockent davantage de peptide. Ils sont soumis à
un ensemble de freins (-) qui empêchent leur activation prématurée
et les préparent à décharger en bouffées synchrones.
Ces freins sont levés au moment du terme, ce qui permet aux neurones
stimulés (+) de sécréter l'ocytocine en "paquets"
qui induisent la contraction de l'utérus et l'expulsion du foetus
Un modèle de neurone maternel.
Les détails des changements adaptatifs dans le cerveau au cours
de la grossesse proviennent d'études extensives sur un type particulier
de neurones endocrines. L'ocytocine est une hormone importante dans la
parturition parce qu'elle stimule les contractions expulsives de l'utérus.
Si elle est sécrétée trop tôt, un travail prématuré
peut se produire, le bébé naît immature et il peut
ne pas survivre ou souffrir de lésions cérébrales,
ce qui demeure un problème de santé majeur. L'ocytocine
est sécrétée dans le sang au niveau de l'hypophyse
postérieure à partir des terminaisons de neurones dont les
corps cellulaires sont localisés dans l'hypothalamus, à
la base du cerveau. Lorsque la tête du foetus appuie sur le col,
les neurones à ocytocine sont stimulés de façon réflexe
pour sécréter l'hormone à intervalles réguliers,
de l'ordre de quelques minutes. Quand le nouveau-né suce les mamelons,
les neurones à ocytocine sécrètent à nouveau
en bouffées régulières, condition nécessaire
puisque ce sont les "paquets" d'hormone qui provoquent l'éjection
lactée. Avant le début de l'allaitement, de l'ocytocine
est libérée dans le cerveau même, à partir
de projections nerveuses dirigées vers le cerveau antérieur
où s'organisent les comportements maternels. Cette ocytocine diminue
l'anxiété du premier contact avec le nouveau-né bruyant
et remuant et elle encourage ainsi le comportement maternel. Cette action
anti-anxiété de l'ocytocine peut expliquer la réduction
des réponses neuroendocrines au stress, récemment décrite
comme une conséquence de la gestation chez la femme et chez les
animaux.
Avec et sans les freins…
L'ocytocine s'accumule dans la post-hypophyse pendant la gestation parce
que sa production augmente et sa libération diminue. Les oestrogènes
stimulent le gène de l'ocytocine lorsque la sécrétion
de progestérone décroît, bien que nous ne sachions
pas encore comment le récepteur des oestrogènes exprimé
dans les neurones à ocytocine régule ce gène.
Les neurones à ocytocine sont fortement inhibés par trois
mécanismes qui les empêchent de libérer prématurément
l'ocytocine stockée. Premièrement, la progestérone,
agissant par un intermédiaire, intensifie l'effet d'un neurotransmetteur
inhibiteur, le GABA, sur les neurones à ocytocine : elle met donc
le frein. Deuxièmement, les neurones à ocytocine stimulés
produisent du monoxyde d'azote (NO) qui diffuse à partir de ces
cellules et de leurs terminaisons, restreignant ainsi l'activation des
cellules à ocytocine et leur sécrétion : plus de
frein encore. Pendant la gestation, oestrogènes et progestérone
augmentent l'activité de la NO synthase et activent aussi le troisième
mécanisme qui utilise des peptides du cerveau de type opiacé.
Ces peptides opioïdes freinent la sécrétion d'ocytocine
tout d'abord via des récepteurs au niveau de la post-hypophyse
et plus tard au niveau des cellules nerveuses elles-mêmes : frein
à main.
Les freins sont levés lorsque la sécrétion de progestérone
s'effondre à proximité du terme : le GABA est moins efficace
et le gène de la NO synthase est réprimé. Cependant
le blocage par les opioïdes demeure, empêchant les neurones
à ocytocine d'échapper à tout contrôle bien
que l'excitation prédomine à présent. Un "boost"
est donné par l'ocytocine elle-même, libérée
à partir des dendrites de ses neurones et les faisant fonctionner
à plein régime. Finalement, l'ocytocine libérée
dans le cerveau agit sur les circuits du comportement maternel, sensibilisés
par les oestrogènes, grâce à l'induction de récepteurs
à ocytocine.
Bénéfice
/ coût
La recherche sur les neurones à ocytocine, qui sont essentiels
pour la réussite d'une maternité, révèle comment
les signaux hormonaux issus du foetus, du placenta et de l'ovaire provoquent
des modifications adaptatives dans le cerveau maternel. Ces changements
sont bénéfiques pour la descendance, mais ont un coût
pour la mère; par exemple la dépression du post-partum dont
les mécanismes nerveux ne sont pas encore élucidés.
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L'ocytocine libérée dans le cerveau agit sur la circuiterie
neuronale
du comportement maternel
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Cette
brève est produite par la British Society for Neuroendocrinology
et peut être utilisée librement pour l'enseignement de la
neuroendocrinologie et la communication vers le public.
©British Society for Neuroendocrinology et Société
de Neuroendocrinologie pour la traduction.
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