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Jonathan R Seckl
Molecular Endocrinology Unit, University of Edinburgh
Western General Hospital, Edinburgh.
Traduction : André Calas, UMR 7101
CNRS, Université Pierre et Marie Curie, Paris
Résumé
Le stress, en libérant des hormones gluco-corticoïdes, affecte
le cerveau et particulièrement une région appelée
hippocampe qui possède de nombreux récepteurs de ces hormones.
Un stress chronique ou une sécrétion exagérée
de glucocorticoïdes affectent défavorablement l'hippocampe
en diminuant les connexions entre cellules nerveuses et en produisant
des troubles de la mémoire. Les personnes âgées sont
particulièrement vulnérables à ce processus dégénératif.
Quels sont les événements qui sous-tendent ces troubles
majeurs et y a-t-il des moyens pour empêcher la perte avec l'âge
de la capacité à apprendre et à mémoriser?
La cascade hormonale
Nous savons intuitivement que le stress est mauvais pour nous et particulièrement
pour notre santé mentale et notre bien-être. Mais comment
cela ? Récemment une série d'études a suggéré
que les hormones peuvent être des médiateurs importants des
effets délétères du stress sur le cerveau. Une des
conséquences majeures du stress, qu'il soit physique (comme une
grave maladie, un traumatisme ou la fuite devant un lion) ou psychologique
(tel qu'un discours en public, un deuil ou une maladie mentale) est l'activation
d'une région du cerveau appelée l'hypothalamus. Celle-ci
déclenche une cascade hormonale : axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien,
conduisant à la libération par la glande surrénale
d'hormones glucocorticoïdes (cortisol, corticostérone), qui
agissent à leur tour sur une grande variété de tissus.
Cette réponse est à l'évidence cruciale à
court terme pour rendre l'organisme capable de survivre au stress. Les
glucocorticoïdes augmentent la pression sanguine et la disponibilité
des principaux carburants métaboliques de l'organisme et le mettent
ainsi dans les meilleures conditions pour échapper à la
menace physique ou psychologique. En même temps, les glucocorticoïdes
inhibent les processus non essentiels tels que l'inflammation, la croissance
et la reproduction. À l'évidence, ces " affaires "
peuvent être entreprises de façon plus sûre quand on
a échappé au lion ou après que l'amphithéâtre
se soit vidé. Tandis que ces réponses sont bénéfiques
à court terme, un stress chronique ou un excès de glucocorticoïdes
entraînent une série d'effets généraux délétères
incluant myopathie, ostéoporose, hypertension, diabète,
problèmes reproductifs et infections. Il n'est pas surprenant que
les glucocorticoïdes aient aussi des effets puissants sur le cerveau,
particulièrement sur l'hippocampe, qui est non seulement une région
cruciale pour l'apprentissage et la mémorisation, mais aussi un
centre important pour le feed-back inhibiteur des glucocorticoïdes
sur leur propre libération.
Fragilisation neuronale
L'hippocampe présente la plus haute densité en récepteurs
pour les glucocorticoïdes dans le cerveau. À ce niveau, des
taux faibles de glucocorticoïdes sont essentiels pour maintenir la
fonction et la survie des cellules nerveuses. Au contraire, un excès
de glucocorticoïdes interfère avec le fonctionnement de l'hippocampe
en interrompant les processus synaptiques critiques qui sous-tendent l'apprentissage
et la mémoire. Bien plus, les glucocorticoïdes interfèrent
aussi avec la capture de glucose par les neurones hippocampiques, les
rendant ainsi vulnérables à d'autres agressions telles que
le manque d'oxygène, la perte de l'apport sanguin (lors des attaques)
ou les crises d'épilepsie. Une telle fragilisation neuronale a
été associée avec des altérations de la structure
des cellules nerveuses, entraînant la perte de leurs connexions
essentielles avec les autres cellules. Finalement, et en particulier quand
d'autres processus pathologiques interviennent, tels qu'une attaque ou
que le vieillissement, les neurones de l'hippocampe peuvent mourir en
présence d'un excès de glucocorticoïdes.
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Expression
du récepteur aux glucocorticoïdes dans l'hippocampe
du cerveau humain. La couleur jaune indique des niveaux élevés
d'expression du gène dans les régions du gyrus denté
(dg) et de la corne d'Ammon (ca).
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Pertes de mémoire
Si ces découvertes sont intéressantes à l'échelle
cellulaire, sont-elles applicables au cerveau normal ? Récemment
il est apparu qu'approximativement un tiers des animaux et des personnes
humaines âgées développe un syndrome composé
de la triade suivante: niveau excessif de glucocorticoïdes, déficiences
dans l'apprentissage et la mémorisation hippocampiques et altérations
de la structure des neurones de cette région, pouvant aller jusqu'à
la mort neuronale. Le rôle des gluco-corticoïdes dans ce processus
a été illustré il y a plus de vingt ans par des expériences
dans lesquelles leurs taux ont été maintenus à bas
niveau la vie durant par l'ablation des glandes surrénales. Un
tel traitement a largement empêché l'apparition avec l'âge
des déficits mnésiques et la perte des cellules nerveuses
de l'hippocampe. De même des manipulations réalisées
au début de la vie (manipulations néonatales, soins maternels)
qui maintiennent ces taux hormonaux à bas niveau toute la vie,
sont aussi associées avec la prévention des défauts
de mémoire liés à l'âge. De façon plus
convaincante, des données récentes montrent que, lors du
vieillissement des populations humaines normales, les individus dont les
taux de corticoïdes s'élèvent avec l'âge présentent
des pertes de mémoire et un rétrécissement de l'hippocampe
(montré grâce à l'imagerie par résonance magnétique).
Au contraire, les individus dont les taux de glucocorticoïdes sont
bas ou déclinent avec l'âge, maintiennent leur capacité
à apprendre et à mémoriser de nouveaux faits et leur
hippocampe ne diminue pas avec le vieillissement.
Thérapie humaine ?
Les deux interventions mentionnées plus haut afin de maintenir
les glucocorticoïdes à bas niveau, l'ablation des surrénales
ou la manipulation néonatale, sont peu applicables en thérapie
humaine. La surrénalectomie est à l'évidence impossible
pour traiter un grand nombre de sujets humains afin d'empêcher,
au mieux, une minorité d'avoir des troubles de mémoire de
nombreuses années plus tard. Bien plus, si quelques données
suggèrent qu'il existe une programmation dans la petite enfance
des niveaux de glucocorticoïdes chez l'homme, sa date précise
au cours du développement et le type de manipulation requis pour
l'établir ne sont pas connus. Les implications éthiques
de telles interventions "à vie" posent des problèmes,
même s'il était possible d'assurer qu'un traitement particulier
de la grossesse ou des soins au nouveau-né pourrait être
" meilleur " pour leur cerveau 70 ans plus tard.
Néanmoins, des études néonatales ont suggéré
que si l'on pouvait augmenter le nombre des récepteurs aux glucocorticoïdes
dans l'hippocampe, le cerveau serait plus sensible au feed-back négatif
de ces hormones. Cela provoquerait en effet un freinage de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien
et les taux de glucocorticoïdes seraient maintenus à bas niveau.
En fait, des données très récentes suggèrent
qu'un simple traitement par les antidépresseurs peut augmenter
les récepteurs aux glucocorticoïdes de façon sélective
dans l'hippocampe, empêchant peut-être ainsi l'apparition
de déficits mnésiques avec l'âge. Un tel traitement
avec des drogues existantes et généralement bien tolérées
pourrait être plus approprié pour des sujets humains en milieu
de vie, suggérant la possibilité de thérapie en vue
de prévenir le vieillissement du cerveau associé aux glucocorticoïdes.
Nous sommes à un moment clé de la recherche et un travail
crucial doit être réalisé à présent
pour définir si des traitements aussi simples et relativement acceptables
sont efficaces dans des populations humaines vieillissantes.
Cette brève est produite par
la British Society for Neuroendocrinology et peut être utilisée
librement pour l'enseignement de la neuroendocrinologie et la communication
vers le public.
©British Society for Neuroendocrinology et Société
de Neuroendocrinologie pour la traduction.
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