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David Spratt
Pembroke College, University of Cambridge
Traduction: André Calas, UMR
7101 CNRS, Université Pierre et Marie Curie, Paris
Résumé
Au cours de l'évolution, les mâles et les femelles ont été
programmés pour jouer des rôles très distincts et
des différences sexuelles marquées sont observées
dans la structure et le fonctionnement de leur cerveau. Ces différences
résultent de l'exposition, au début de la vie, aux hormones
stéroïdes gonadiques, testostérone et oestrogènes,
et elles ont ultérieurement des implications profondes en psychologie
et en pathologie.
Sexe et cerveau
Les différences entre les sexes sont un sujet persistant de fascination
qui a inspiré de nombreuses oeuvres d'art et de littérature,
qui est au coeur de notre psychologie et qui sous-tend la structure même
de la société. Hommes et femmes montrent de profondes différences
dans leur physiologie et, dès l'enfance, dans leur comportement.
En moyenne, les garçons ont de meilleures performances dans les
tâches spatiales et le raisonnement mathématique tandis que
les filles témoignent d'une plus grande rapidité perceptive
et sont meilleures dans le raisonnement verbal. Enfin, matière
à réflexion, ce sont les hommes qui commettent 80 % des
meurtres et 99 % des crimes sexuels.
Différents, pourquoi ?
Ce sont des différences sexuelles dans le cerveau qui sont supposées
sous-tendre ces dissemblances. De fait, quand on examine les cerveaux
mâle et femelle, on remarque des différences dans la taille
des diverses régions cérébrales, dans le nombre des
cellules nerveuses, dans les patrons des connexions synaptiques et dans
la distribution des neuromédiateurs. Par exemple, une différence
sexuelle frappante s'observe dans ce que l'on appelle le noyau sexuellement
dimorphique de l'hypothalamus, qui est deux fois plus gros chez les mâles
que chez les femelles. Une région du noyau supra-chiasmatique contient
deux fois plus de neurones chez l'homme jusqu'à la cinquantaine
; puis la différence s'inverse, et finalement elle disparaît
complètement. Les mâles et femelles utilisent même
différentes régions de leur cerveau : dans les tests verbaux
les femmes utilisent des régions de leurs deux hémisphères
cérébraux tandis que les hommes utilisent presque entièrement
le gauche. De façon intrigante, on commence à identifier
les différences entre les cerveaux des hommes homosexuels et hétérosexuels,
avec des variations dans la taille de quelques régions cérébrales.
Différents, comment ?
Au cours de la petite enfance on pense que les hormones " organisent
" le cerveau. Mais comment ces différences sexuelles se produisent-elles
? La réponse semble être liée aux différences
spectaculaires d'exposition du cerveau aux hormones gonadiques -testostérone
et oestrogènes- au cours de l'enfance. Les mâles sont exposés
à des niveaux élevés de testostérone secrétée
par leurs testicules et qui montrent plusieurs pics : au début
de la vie embryonnaire, juste après la naissance et à nouveau
à la puberté. Les femelles, au contraire, se développent
en l'absence de ces niveaux élevés de testostérone.

Figure : Le nombre des cellules nerveuses dans
le noyau sexuellement dimorphique de l'hypothalamus du cerveau du rat
est déterminé par les effets " organisateurs "
de la testostérone dans la période périnatale. À
la puberté et pendant la vie adulte, testostérone et oestrogènes
agissent sur des structures sexuellement différenciées comme
celle-ci pour " activer " de façon appropriée
des comportements différents. L'insert montre une section frontale
de cerveau du rat avec l'hypothalamus contenant le noyau sexuellement
dimorphique situé entre la commissure antérieure (ac) et
le chiasma optique (opc).
Ce n'est que récemment que l'on a commencé
à comprendre comment ces deux hormones gonadiques agissent pour
masculiniser ou féminiser le cerveau. Précocement, on pense
que les hormones " organisent " le cerveau, essentiellement
en mettant en place l'ensemble des circuits cérébraux en
tant que mâle ou femelle. Plus tard dans la vie, elles " activent
" ces circuits spécifiques du sexe pour susciter les comportements
caractéristiques, mâles ou femelles. Chez le rat, où
la plupart des recherches ont été réalisées,
cette " organisation " dépend de façon cruciale
de l'exposition aux hormones, à la fois dans les périodes
pré- et postnatale. Paradoxalement, la masculinisation de nombreux
aspects du cerveau du rat est contrôlée par l'hormone femelle
oestrogène qui est synthétisée à l'intérieur
du cerveau par conversion de la testostérone, donnant en quelque
sorte une " super-dose " d'oestrogènes. Dès lors
que la phase d'organisation péri-natale est achevée, le
sexe cérébral est fixé définitivement et requiert
simplement à la puberté les deux hormones sexuelles appropriées
pour activer le comportement correspondant.
Ce processus qui a été bien mis en évidence chez
le rat, se produit probablement aussi chez l'homme quoique, curieusement,
l'exposition postnatale aux hormones puisse être relativement plus
importante. Cela présente un intérêt particulier parce
qu'il deviendrait possible que des facteurs environnementaux et des stimuli
sociaux, connus pour affecter le taux des hormones gonadiques, altèrent
également la différenciation sexuelle du cerveau. Testostérone
et oestrogènes affectent divers processus cellulaires pour entraîner
cette différenciation: la synthèse des protéines,
la division et la migration cellulaires, la croissance neuronale, le branchement
axonal ou les remodelages synaptiques. De façon fascinante, un
des mécanismes les plus significatifs par lequel les hormones gonadiques
influencent le cerveau pourrait être de provoquer le suicide de
certaines cellules tout en permettant à d'autres de survivre.
Neurochimie sexuelle
L'une des pistes de recherche les plus stimulantes à propos des
différences sexuelles dans le cerveau est l'étude de la
différenciation des systèmes de neuromédiateurs en
fonction du sexe, afin de comprendre le fonctionnement cérébral
qui lui est spécifique:
- on peut cartographier les circuits qui utilisent des neurotransmetteurs
spécifiques et, par là, commencer à construire
des relations structure - fonction.
- on peut visualiser comment les systèmes de neurotransmetteurs
se modifient sous l'influence des hormones sexuelles et corréler
avec des modifications du comportement
- on peut altérer les taux de neuromédiateurs et observer
les effets produits.
De nombreuses maladies cérébrales montrent des différences
sexuelles marquées, par exemple l'autisme, la schizophrénie
et la maladie d'Alzheimer. Beaucoup de ces maladies ont été
associées avec une modification de l'équilibre de certains
neuromédiateurs. Ces disparités sexuelles suggèrent
un rôle important pour les hormones gonadiques dans l'étiologie
de ces maladies. De fait, on a récemment montré que les oestrogènes
protégeaient les cellules contre des changements soupçonnés
d'un lien causal avec la maladie d'Alzheimer, tandis que de faibles taux
d'oestrogènes étaient associés à un risque accru
de schizophrénie. La compréhension des influences, tant d'organisation
que d'activation, des hormones gonadiques sur les systèmes de neuromédiateurs
impliqués dans ces maladies, pourrait constituer un chemin fructueux
vers leur traitement et leur guérison.
Cette brève est produite par
la British Society for Neuroendocrinology et peut être utilisée
librement pour l'enseignement de la neuroendocrinologie et la communication
vers le public.
©British Society for Neuroendocrinology et Société
de Neuroendocrinologie pour la traduction.
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