Dr Ruth I. Wood
Keck School of Medicine
University of Southern California
Los Angeles, CA, USA
Traduction: Michael Schumacher, UMR 788 Inserm
-Université Paris 11, Kremlin-Bicêtre, France
Résumé
L'abus de stéroïdes anabolisants-androgéniques (SAA)
est largement répandu, mais les risques potentiels de dépendance
et d'accoutumance restent mal connus. Des études récentes
de notre laboratoire ont montré que des hamsters mâles et
femelles s'auto-administrent de la testostérone et d'autres SAA.
De plus, nous avons observé des surdosages mortels au cours des
auto-administrations. Ceci suggère que les SAA peuvent créer
une dépendance, indépendamment de leurs effets sur la masse
musculaire ou la performance athlétique.
Un engouement pour les stéroïdes
Les stéroïdes anabolisants-androgéniques (SAA) sont
des substances addictives. En dépit de l'interdiction d'utiliser
des stéroïdes, des athlètes olympiques, des cyclistes
professionnels, des joueurs américains de base-ball et même
des chevaux de course ont été testés positifs pour
des SAA. Cependant, les SAA ne sont plus le domaine exclusif des athlètes
d'élite. Aux Etats-Unis, parmi les élèves de terminale
(âgés de 18 ans), l'incidence de l'usage de stéroïdes
(4%) est comparable à celle du "crack", un dérivé
de la cocaïne (3.6%) ou de l'héroïne (1.8 %). Actuellement,
on estime qu'environ 3 millions de personnes pourraient avoir utilisé
des SAA.
Les utilisateurs de SAA prennent des stéroïdes pour leurs
effets anabolisants, en particulier pour accroître la masse des
muscles longs, ce qui permet d'améliorer les performances athlétiques.
Cependant, les SAA ont également des actions androgéniques
semblables à la testostérone, et ils stimulent les caractères
sexuels secondaires mâles. Les utilisateurs de SAA essayent de maximiser
les actions anabolisantes, tout en réduisant au minimum les effets
secondaires des androgènes. Cependant, il n'existe aucun stéroïde
purement anabolisant. Les SAA sont des dérivés de la testostérone,
et tous exercent une combinaison d'actions anabolisantes et androgéniques.

Les stéroïdes à l'esprit
Les SAA affectent également le cerveau et le comportement. Les
neurones dans le cerveau ont des récepteurs aux androgènes,
qui lient la testostérone et d'autres androgènes. Chez les
animaux, la testostérone stimule des comportements sociaux, y compris
les comportements reproducteurs et agressifs. Chez l'homme, une agressivité
excessive résultant de l'utilisation de stéroïdes a
été largement reconnue dans la presse populaire. Elle a
été baptisée par les médias anglo-saxons 'roid
rages, ce qui peut se traduire par "rages aux stéroïdes"
(68.000 résultats sur Google, 11/2005). Des rapports anecdotiques
suggèrent que les SAA pourraient aussi augmenter le désir
sexuel. L'abus des SAA a été également associé
à des effets comportementaux et psychiatriques négatifs,
tels que l'euphorie, la dépression, l'anxiété, la
paranoïa et des comportements violents. En fait, les troubles majeurs
de l'humeur liés aux SAA apparaissent souvent pendant le sevrage
des SAA.
Si les SAA créent une dépendance et une accoutumance reste
controversé. Il est clair qu'une grande partie de la motivation
pour commencer à utiliser des stéroïdes résulte
de leurs effets anaboliques sur les performances athlétiques et
sur le physique. Chez l'homme, il est difficile de séparer les
effets psychoactifs directs des SAA d'un renforcement dû aux effets
anabolisants systémiques. En revanche, les études chez l'animal
permettent d'évaluer les effets de renforcement des stéroïdes
dans un contexte où la performance athlétique n'est pas
pertinente.
Obtenu des "'roids rage"? Périodes
d'essai.
Dans notre laboratoire, les hamsters s'auto-administrent volontairement
de la testostérone, et ces études suggèrent que les
effets de renforcement des SAA pourraient être relayés par
le cerveau. Par cette approche, nous avons montré que des hamsters
mâles et femelles s'auto-administrent la testostérone à
travers une large gamme de concentrations. Cependant, les femelles et
les mâles castrés sont moins sensibles que les mâles
en possession de leurs gonades à de faibles concentrations de testostérone,
suggérant que les androgènes circulants provenant des gonades
pourraient augmenter la réponse aux androgènes administrés.
La testostérone n'est pas le seul stéroïde qui est
auto-administré. Les hamsters mâles s'auto-administrent volontairement
d'autres stéroïdes fortement androgéniques, comme la
nandrolone, la dihydrotestostérone et la drostanolone, de même
que des précurseurs des androgènes comme l'androstènedione.
Cependant, les SAA faiblement androgéniques (oxymétholone
et stanozolol) n'ont pas d'effets de renforcement. Dans l'ensemble, ces
résultats indiquent que ce sont les SAA les plus androgéniques
qui sont les plus renforçants.
Avec le temps, nous nous sommes rendus compte que quelques hamsters mourraient
pendant l'auto-administration de la testostérone. La mort survenait
souvent lorsque les animaux augmentaient brusquement leur consommation
d'androgènes au cours d'un "excès" d'auto-administration.
Les hamsters qui font des excès d'androgènes sont aphatiques,
avec une diminution de la locomotion, de la température corporelle
et de la respiration. Ces symptômes sont semblables à ceux
observés lors d'une surdose d'opiacés (héroïne,
morphine). Nous avons d'ailleurs montré que la naloxone, un antagoniste
des opiacés, permet de bloquer l'auto-administration de la testostérone
ainsi que les symptômes dépressifs liés à une
overdose de testostérone. Ces données suggèrent qu'à
des doses élevées, les SAA pourraient causer la mort à
cause d'une interaction avec les systèmes opiacés endogènes
du cerveau.
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"Est-ce que les stéroïdes anabolisants-androgéniques
créent une dépendance ? Probablement. Est-ce qu'ils entraînent
une dépendance aussi forte que celle à la cocaïne ou
à l'héroïne ? Probablement pas."
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Est-ce que la testostérone crée réellement
une dépendance chez l'animal ? La dépendance est caractérisée
par la perte du contrôle sur la consommation, et les sujets continuent
à rechercher la drogue en dépit de ses effets négatifs.
D'autres critères pour établir une dépendance incluent
la tolérance, l'état de manque et le phénomène
de sensibilisation. Jusqu'ici, nous avons observé une tolérance
aux symptômes dépressifs causés par une overdose de
testostérone, ainsi qu'un évitement conditionné des
lieux associés à un sevrage des androgènes. Tolérance,
état de manque et auto-administration jusqu'au point de causer
la mort soulignent le potentiel des androgènes pour induire un
état de dépendance.
Jusqu'à quel point sont-ils dangereux ?
Les utilisateurs nous ont à plusieurs reprises assuré que
les SAA "ne créent pas une dépendance classique",
mais les études chez l'animal suggèrent maintenant qu'il
en est autrement. Est-ce que les SAA créent une dépendance
? Probablement. Est-ce qu'ils entraînent une dépendance aussi
forte que celle à la cocaïne ou à l'héroïne
? Probablement pas. Selon le Dr. Leslie Henderson de l'École de
Médecine de Dartmouth, la plupart des personnes qui prennent des
SAA ne restent pas cloîtrées dans un appartement à
Seattle en écoutant de vieux disques du groupe Nirvana et ne font
pas la manche 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Ils sont comme les personnes
qui boivent de l'alcool, mais cette drogue est prise au sérieux".
En fait, la dépendance n'est pas un phénomène de
"tout ou rien". Beaucoup de gens peuvent boire, fumer et parier
sur des chevaux de temps en temps sans développer une dépendance,
et pourtant, nous reconnaissons le risque de dépendance à
l'alcool, à la nicotine et aux jeux d'argent. Le potentiel de dépendance
des SAA dépend assurément de leur utilisation : de la quantité,
de la fréquence, du type de stéroïde ingéré,
ainsi que du consommateur lui-même. Il se peut qu'une dépendance
aux SAA ne se développe que chez des personnes susceptibles, comme
on observe pour des drogues avec un faible potentiel de dépendance.
Néanmoins, il est temps de cesser de prétendre que les effets
des SAA s'arrêtent au cou.
Cette brève est produite par
la British Society for Neuroendocrinology et peut être utilisée
librement pour l'enseignement de la neuroendocrinologie et la communication
vers le public.
©British Society for Neuroendocrinology et Société
de Neuroendocrinologie pour la traduction.
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