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UR BioAgresseurs, Santé, Environnement Résultats de recherche |
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Les antibiotiques en élevage : état des lieux et problèmes posés.Elisabeth Chaslus-Dancla* *INRA Centre de Tours, UR86 BioAgresseurs, Santé,
Environnement - Equipe "Résistance
aux antibiotiques"
En élevage, l’utilisation d’antibiotiques a deux objectifs: thérapeutique ou zootechnique.En élevage de rente, les antibiotiques ont tout d'abord une utilisation thérapeutique visant l'éradication d'une infection présente - but curatif - ou la prévention d'une infection possible, à l'occasion d'un transport, d'une vaccination ou d'un stress - but prophylactique -. L'utilisation des antibiotiques thérapeutiques est sous le contrôle des vétérinaires. La voie d'administration la plus rapide pour traiter un grand nombre d'animaux, est l'eau de boisson ou l'incorporation dans l'aliment. Cet aliment de traitement ou aliment médicamenteux est alors préparé pour la durée du traitement et est considéré comme un médicament. Les principales familles d'antibiotiques sont représentées mais le nombre de molécules est très restreint si on le compare avec celui des molécules à usage humain. A côté de cette utilisation thérapeutique, on trouve une utilisation propre à l'élevage de rente : l'usage zootechnique. Cette pratique relève d'une observation qui date du début de l'utilisation des antibiotiques : si de faibles quantités d'antibiotiques étaient incorporées dans l'aliment pendant la période de croissance des animaux, on obtenait une amélioration du gain de poids que l'on pouvait estimer entre 2 à 5 %. Cet effet zootechnique était principalement observé dans des élevages avec un niveau d'hygiène précaire, et tendait à diminuer avec l'amélioration sanitaire de l'élevage. La législation mise en place en 1974 et revue au cours des dernières années, définit la liste des molécules utilisables dans ce but. En Europe, dès 1974, on ne pouvait plus utiliser dans ce but ni les ß-lactamines ni les tétracyclines. Celles-ci sont encore utilisées aux Etats-Unis dans ce but, et à des doses proches des doses thérapeutiques. En Europe, depuis janvier 1999, seules quatre molécules sont utilisables en tant qu'additifs ou facteurs de croissance. Parmi celles-ci, deux seulement ont une activité antibiotique. Ces deux molécules n'ont de relation de structure ou d'activité avec aucune molécule utilisée en médecine humaine ou vétérinaire. Il s'agit de l'avilamycine et du flavophospholipol. Conséquences de l’utilisation thérapeutiqueMécanismes de résistance, et les grandes évolutions.
Des évolutions constantes sont observées avec, semble-t-il, une accélération dans les dernières années. C'est tout d'abord une augmentation de la fréquence de bactéries résistantes et une augmentation de leur multirésistance. Actuellement, en élevage intensif, les bactéries isolées à l'occasion d'une pathologie, sont en majorité résistantes à plusieurs antibiotiques de familles différentes. Ainsi, si une bactérie, par exemple, résiste à quatre antibiotiques de familles différentes, l'utilisation d'un seul de ces antibiotiques favorisera la sélection et la diffusion de cette bactérie, mais également des différents mécanismes de résistance aux autres familles d'antibiotiques. On parle alors de phénomène de co-sélection. La surveillance en filière animale / Réseaux vétérinaires et réseaux médicaux.Le meilleur outil pour suivre l'évolution de la résistance
aux antibiotiques dans une filière de production, et à l'échelle
d'une région ou d'un pays, est un réseau de surveillance,
avec une structure pérenne, et nationale. Nous avions en filière
bovine en France, le réseau Résabo (Afssa-Lyon) qui surveillait
depuis plus de vingt ans la résistance aux anti-infectieux des
principales bactéries pathogènes chez les bovins - E. coli,
Salmonelles, Pasteurelles. Ce réseau vient d'être intégré
dans une structure unique et plus large, Resapath, qui doit assurer le
suivi de la résistance aux antibiotiques dans les filières
bovine, avicole et porcine (responsables, Afssa-Lyon, Afssa-Ploufragan). Risques pour la santé animale; Risques pour la santé humaine .La conséquence immédiate de la résistance aux antibiotiques en élevage est l'échec thérapeutique. L'utilisation d'antibiotiques thérapeutiques est encore trop souvent faite sans antibiogramme préalable. Pour la santé humaine, le risque peut être
de deux ordres : risques posés par les résidus dans la viande
de consommation et risques dus à la contamination de l'homme par
des bactéries zoonotiques résistantes à des antibiotiques
utilisés chez l'homme. Conséquences de l’utilisation zootechnique: les inquiétudes, les risques.Nous avons peu de données précises sur l'effet sélectionnant des additifs zootechniques. Parmi les additifs, une molécule, l'avoparcine, qui avait chez l'animal une seule utilisation zootechnique, a fait l'objet de nombreuses discussions. Cette molécule est très proche de la vancomycine utilisée à l'hôpital contre les staphylocoques multirésistants et apparaît souvent comme l'ultime antibiotique efficace. Différentes situations sont rencontrées comme
aux USA où la fréquence d'entérocoques résistants
à la vancomycine est élevée à l'hôpital
- jusqu'à 20 % - mais où l'avoparcine n'est pas utilisée
dans les élevages et en France où la fréquence de
résistance à l'hôpital reste faible - < 2 % - malgré
une utilisation zootechnique de l'avoparcine. En vertu du 'principe de
précaution', l'avoparcine a été interdite d'utilisation
par décision européenne depuis le 1er avril 1997. Trois
molécules de la famille des macrolides-synergistines et la bacitracine,
qui avaient également une utilisation en médecine humaine,
ont été interdites d'utilisation à but zootechnique
en 1999.Il ne reste donc dans la législation européenne
que quatre molécules qui peuvent être utilisées comme
additifs zootechniques, et dont deux ont une activité antibiotique.
Les deux autres sont des anticoccidiens. Le risque de sélectionner
par cette voie des bactéries résistantes ou des mécanismes
de résistance à des antibiotiques thérapeutiques
semble écarté. Conclusion.L'arrivée des antibiotiques en médecine humaine et en élevage a considérablement amélioré l'état sanitaire des populations humaines et des animaux. Mais leur facilité d'utilisation a eu pour conséquence la sélection de bactéries résistantes et multirésistantes. Nous avons à gérer une situation difficile et sans doute irréversible. Dans le domaine vétérinaire, la législation régulièrement remise à jour pour garantir une alimentation humaine de qualité impose des règles rigoureuses. Une responsabilisation de tous les partenaires est impérative. Elle doit passer par le respect de la législation et une prise de conscience des enjeux tant pour l'élevage que la santé humaine. INRA Centre de Tours, UR86 BioAgresseurs, Santé, Environnement
- Equipe Résistance
aux antibiotiques.
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| Responsable de la publication : Jean-François Vautherot | © 1998-2003 - INRA | Création : 28 mai 1998 Mise à jour : 24/09/03 |
Réalisation : Marie-Colette Fauré |