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Articles des chercheurs du Centre de Tours
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Efficacité d’une nouvelle formulation du Lactate d’Halofuginone sur la cryptosporidiose du veau nouveau-né

M. NACIRI (1), M. P. LEFAY(2),  R. MANCASSOLA (1),  M. HOUGRON (3), L. POLY (3), R. CHERMETTE (4)

  1. INRA, Unité de Pathologie Aviaire et de Parasitologie, 37380 Nouzilly.
  2. Société PROTOCOLE, Les Algorithmes, Immeuble Homère, 91194 Saint-Aubin Cedex
  3. Hoechst Roussel Vet, 140 avenue Jean Lolive, 93695 Pantin Cedex
  4. ENVA, UMR Biologie Moléculaire et Immunologie Parasitaires et Fongiques INRA-AFSSA-ENVA, 7, avenue du Général de Gaulle, 94704 Maisons-Alfort Cedex
Cet article a fait l'objet d'une communication aux "6èmes Rencontres autour des Recherches sur les Ruminants", Paris (France), 1-2/12/1999, INRA-Institut de l'Elevage.
Avec l'aimable autorisation de l'éditeur.

RESUME 

Nous rapportons les résultats de 2 études menées en France en élevage allaitant pour tester l’efficacité du lactate d’halofuginone ou Halocur® (Hoechst Roussel Vet) vis-à-vis de la cryptosporidiose chez le veau. Lors de ces études, l’importance des cryptosporidies dans les diarrhées néonatales (DN) a été évaluée. L’étude (1) menée sur 311 veaux, indique une prévalence de la cryptosporidiose de 50% chez des veaux âgés en moyenne de 6 j à J0 (jour de leur inclusion dans l’essai), alors que les Escherichia coli K99, les rotavirus et coronavirus sont présents chez 8,7%, 15% et 6,7% des veaux respectivement. Cette prévalence augmente jusqu’à 84 et 86% à J3 et J7 alors que les autres agents pathogènes restent stables ou diminuent. Compte tenu de la durée du cycle parasitaire, 90 à 95% des veaux âgés de 8 à 10 j excrètent des oocystes. Cette forte prévalence est confirmée lors de l’étude (2) commencée sur 158 veaux âgés de moins de 48 h lors de leur inclusion (J0). Ces résultats montrent l'importance de C. parvum comme pathogène majeur dans les DN du veau en élevage allaitant. 

Etude (1) : parmi les 311 veaux inclus, 151 présentaient de la diarrhée, répartis en 2 lots Halocur (77) et Placebo (74). L'Halocur® - administré en double aveugle per os à la dose de 120µg de lactate d’halofuginone/kg/j, une fois par jour pendant 7j consécutifs - réduit très significativement l’excrétion d’oocystes (p=0,0005) et la diarrhée (p=0,02) même s’il n’empêche pas une excrétion d’oocystes par de nombreux animaux. 

Etude (2) : l'Halocur® se révèle encore plus efficace dans la prévention de la cryptosporidiose. Administré à des veaux de moins de 2 j, l'Halocur® réduit de façon très significative, le nombre d'oocystes excrétés (p=0,0001), la diarrhée (p =0,0001), et le pourcentage de veaux excréteurs : 20% dans le lot Halocur® versus 43% dans le lot Placebo à J4 et 49% versus 87% à J7 (p =0,0001), contribuant ainsi à diminuer la contamination de l'environnement et les risques zoonotiques. La reprise de l’excrétion observée chez 78% des veaux versus 64% dans le lot Placebo à J14, est sans incidence clinique puisque seulement 4% des veaux ont la diarrhée, avec des niveaux d'excrétion beaucoup plus faibles que dans le lot Placebo à J7. A J14, les veaux sont alors âgés de 15 à 16 j et sont moins sensibles à l’infection avec une réponse immune spécifique plus efficace.

 

Efficacy of a new halofuginone lactate speciality on neonatal cryptosporidiosis in calves.

M. NACIRI (1), M. P. LEFAY (2), R. MANCASSOLA (1), M. HOUGRON (3), L. POLY (3), R. CHERMETTE (4)

  1. INRA, Unité de Pathologie Aviaire et de Parasitologie, 37380 Nouzilly.
  2. Société PROTOCOLE, Les Algorithmes, Immeuble Homère, 91194 Saint-Aubin Cedex
  3. Hoechst Roussel Vet, 140 avenue Jean Lolive, 93695 Pantin Cedex
  4. ENVA, UMR Biologie Moléculaire et Immunologie Parasitaires et Fongiques INRA-AFSSA-ENVA, 7, avenue du Général de Gaulle, 94704 Maisons-Alfort Cedex

SUMMARY

We report here the results of 2 studies carried out in France to test the efficacy of halofuginone lactate (Halocur®, Hoechst Roussel Vet) against cryptosporidiosis in suckling calves. During these trials, the importance of cryptosporidia in neonatal diarrhoea has been estimated. The first carried out on 311 calves gave a 50% cryptosporidia prevalence in calves aged of 6 days old in average (D0) when Escherichia coli K99, rotavirus and coronavirus were present in 8.7%, 15% and 6.7% of calves. This cryptosporidia prevalence rose up to 84 and 86% on D3 and D7 when the other pathogen agents remained stable or decreased. Considering the duration of parasite life cycle, 90 to 95% of 8 to 10 day-old calves were shedding oocysts. This high prevalence was confirmed during a second trial lead on 158calves less than 48 hours old on D0, showing that C. parvum is a major pathogen in neonatal diarrhoea in suckling farms. In trial (1):among the 311 calves included, 151 showed diarrhoea. These were divided into 2 groups : Halocur® and Placebo. Halocur® - administered pure and per os to 4-to-10 day-old calves in blinding conditions at 120µg / kg / day once a day for 7 days, - reduced very significantly oocyst shedding (p=0,0005) and diarrhoea (p=0,02) even though it did not stop the oocyst shedding in a high percentage of calves. Trial (2): Halocur® was more effective in the prevention of cryptosporidiosis. Administered to calves younger than 2 days old , Halocur® reduced oocyst shedding (p=0,0001), diarrhoea (p=0,0001) and the percentage of shedding calves: 20% in Halocur® group versus 43% in Placebo group at D4 and 49% versus 87% at D7 (p=0,0001) ; thus contributing to decrease the environmental contamination and zoonotic risks. The delayed peak on D14 in Halocur® group in 78% of the calves versus 64% in Placebo group was without clinical incidence since less than 4% of the calves showed liquid diarrhoea. On D14, 15-to-16 day-old calves were less sensitive with a more effective specific immune response.


INTRODUCTION

Les cryptosporidies sont des protozoaires parasites connus depuis 1907 (Tyzzer 1907). Peu spécifiques, elles infectent un grand nombre de Vertébrés. Chez les bovins 2 espèces ont été décrites : Cryptosporidium muris, rare, à développement asymptomatique dans l’abomasum et C.parvum, très fréquente, à localisation intestinale, responsable de diarrhées néonatales graves. Décrite pour la première fois en 1971 chez une génisse de 8 mois ce n’est qu’en 1976 que les vétérinaires canadiens alertèrent la profession sur le rôle possible de C. parvum dans les diarrhées néonatales du veau. Longtemps considérée comme un organisme commensal, le pouvoir pathogène de C. parvum est encore parfois contesté, la diarrhée étant attribuée à d’autres entéropathogènes souvent associés. Il a pourtant été clairement démontré par infections expérimentales au début des années 80. 

C. parvum se développe préférentiellement dans la portion distale du jéjunum et dans l’iléon, provoquant des altérations non spécifiques de la muqueuse digestive. La localisation intracellulaire mais extracytoplasmique des cryptosporidies dans la bordure en brosse des cellules épithéliales de l’intestin, provoque une perte des microvillosités, l’abrasion et la fusion de certaines d’entre elles adjacentes au parasite et une hyperplasie des cryptes, provoquant des troubles d’absorption et d’hypersécrétion (Heine 1984). Les taux d’enzymes de la bordure en brosse diminuent et conduisent à la malabsorption et à la malnutrition (Heyworth et Owen, 1985). En outre, les pertes très importantes d’eau et d’électrolytes font penser à un effet entérotoxique plutôt qu’à un mécanisme cytotoxique (Argenzio et al. 1993 ; Guarino et al. 1994). 

La prévalence des infections à C. parvum chez les veaux diarrhéiques varie, selon les études et les pays, de 10 à 75% sans compter que l’excrétion ne s’accompagne pas toujours de diarrhée. En France, les cryptosporidies ont été identifiées sur le terrain associées aux diarrhées néonatales dans les années 83-84 et les auteurs s’interrogeaient sur leur rôle par rapport aux virus et bactéries (Polack et al., 1983 ; Nicolas et al., 1984, Contrepois et Vallet 1984). Plus récemment, Amadéo (1995) signale la présence des cryptosporidies dans 45 à 56% des veaux testés et Bourgouin (1996) indique une prévalence chez des veaux diarrhéiques de 47,7% pour la cryptosporidiose, de 40,4% pour les rotaviroses, 14% pour les coronaviroses et 16,7% pour les infections à Escherichia coli K99. Aujourd’hui, malgré les vaccinations des vaches avant vélage contre les rotavirus, coronavirus, E. coli K99 ou Salmonella, les diarrhées néonatales des veaux persistent et C. parvum est de plus en plus fréquemment trouvée seule responsable de ces diarrhées résistantes à tout traitement. Les animaux s’infectent dès la naissance, le plus souvent directement au contact de leur mère ou de leurs congénères. Le cycle parasitaire est court (3 à 4 j) et la maladie se caractérise très souvent par une diarrhée abondante accompagnée d’une excrétion massive d’oocystes dans l’environnement (108 oocystes / g de fèces). Ces oocystes sont les formes de dissémination et de transmission du parasite ; excrétés sporulés, ils sont immédiatement infectants pour un autre animal réceptif, d’où l’importance des mesures sanitaires dans la gestion de cette maladie vis-à-vis de laquelle nous n’avions pas, jusqu’à présent, de traitement. Diarrhée et excrétion sont fonction du niveau de contamination de l’environnement, de la virulence de la souche et de l’âge au moment de la primo-infection. Après l’âge de 3 semaines, les veaux sont moins sensibles à l’infection par C. parvum

Près de 200 molécules ont été testées, mais très peu se sont révélées efficaces vis-à-vis de la cryptosporidiose. Sur le terrain, quelques unes sont actuellement utilisées hors AMM, avec des résultats très controversés. Nous avons montré dès 1989, l’efficacité du lactate d’halofuginone vis-à-vis de la cryptosporidiose expérimentale des agneaux (Naciri et Yvoré 1989) et des veaux (Naciri et al., 1993). Cette activité anti-C. parvum a également été démontrée invitro (Mc Donald et al. 1990), in vivo chez le rat immunodéprimé (Regh, 1995) et lors d’infections naturelles chez des chevreaux (Chambon, 1990) et des veaux (Yvoré et Naciri, 1989 ; Villacorta et al., 1991). 

Nous présentons ici, les résultats de deux études menées en France, montrant la prévalence de la cryptosporidiose chez les veaux nouveau-nés et l’efficacité d’une nouvelle formulation du lactate d’halofuginone ou HALOCUR® dans le traitement ou la prévention de cette maladie.
 

1. MATERIEL ET METHODES


L’efficacité du lactate d’halofuginone a été testée chez des veaux diarrhéiques âgés de 4 à 10 j (Etude 1), et en préventif chez des veaux âgés de moins de 48 h (Etude 2).

1. 1 Etude 1 :Traitement de veaux diarrhéiques

L’étude a été réalisée en 1994 grâce à la collaboration des vétérinaires et des éleveurs de 3 départements français (Cantal, Saône-et-Loire et Vendée). Tous les veaux âgés de 4 à 10 j ont été inclus dans l’étude sauf s’ils présentaient une diarrhée de plus de 24h, ou une diarrhée récurrente ou s’ils avaient reçu depuis leur naissance des anticoccidiens ou antiprotozoaires ou des traitements contenant des nitrofuranes, sulfamides ou des dérivés arsenicaux, ou s’ils avaient une valeur marchande supérieure à 5000FF. 311 veaux ont été inclus : 158 dans le lot traité Halocur® et 153 dans le lot traité Placebo. Sur les 311 veaux inclus, 151 présentaient de la diarrhée. L’efficacité de l’Halocur® a été plus particulièrement étudiée sur ces animaux diarrhéiques dont 77 étaient dans le groupe Halocur® et 74 dans le groupe Placebo. Tous tétaient leur mère.

1. 2 Etude 2 : Traitement préventif 

L’essai a été réalisé en 1996 dans 4 départements français (Cantal, Saône et Loire, Pyrénées Atlantiques et Vendée). Parmi 53 fermes échantillonnées pour rechercher les cryptosporidies chez des animaux de 4 à 17 j, 22 ont été sélectionnées pour l’étude. Tous les veaux de 24 à 48 h ont alors été inclus (soit J0 le jour d’inclusion), sauf s’ils avaient une diarrhée de plus de 24h ou s’ils avaient reçu un traitement à activité potentiellement anticryptosporidienne. Un total de 158 veaux a été retenu et réparti en 2 lots : 78 dans un lot Halocur® et 80 dans un lot Placebo. Tous tétaient leur mère.

1.3 Lactate d’halofuginone (HALOCUR® Hoechst Roussel Vet)

L’halofuginone est une molécule de synthèse appartenant aux quinazolinones bien connue d’une part, sous la forme bromhydrate (Sténorol® Hoechst Roussel Vet) pour son activité anticoccidienne et d’autre part sous la forme lactate (Térit® Hoechst Roussel Vet) pour son efficacité sur la theilériose bovine. Le Térit® ayant montré une efficacité anticryptosporidienne, une nouvelle formulation - l’Halocur® - a été conçue prête à l’emploi pour une plus grande facilité d’utilisation et une plus grande sécurité d’emploi.

Dans chaque étude, les animaux ont été répartis au hasard en 2 lots, traités Halocur® ou Placebo, et ont reçu leur traitement par voie orale à la seringue (2ml de produit formulé par 10kg de poids vif), une fois par jour pendant 7 j après la tétée du matin ou du soir, à partir de J0 et pendant 7j consécutifs. La dose de lactate d’halofuginone ainsi administrée a été de 120µg/kg/j (équivalent 100µg/kg/j d’halofuginone base). Les veaux non traités ont reçu un même volume de Placebo. Les flacons contenant l’Halocur® et le Placebo étaient strictement identiques et ne différaient que par leur numéro de code (traitement en aveugle).

    1. Paramètres étudiés
Un suivi clinique des veaux a été réalisé : condition générale, comportement alimentaire, état de déshydratation dont les résultats ne seront pas rapportés ici. 

La prévalence de la cryptosporidiose dans les DN des veaux, a été évaluée à partir d’échantillons fécaux effectués à différentes dates (voir tableaux 1 et 2) pour la recherche des cryptosporidies et aussi des E. coli K99, rotavirus, coronavirus, Salmonella.

L’aspect des fèces a été noté : score (0) fèces normales, (1) fèces semi-liquides, (2) fèces liquides. 

L’excrétion d’oocystes a été notée de façon semi-quantitative : 1 goutte de fèces est déposée et mélangée à une goutte de solution de Sheather’s modifiée sur une lame pour microscope et examinée entre lame et lamelle à l’objectif 25. Les oocystes présents par champ microscopique sont comptés et les scores suivants établis : (0) aucun oocyste vu, (1) moins de 1 oocyste vu par champ, (2) entre 1 et 5 oocystes, (3) entre 6 et 10, (4) entre 11 et 20 et (5) plus de 20 oocystes par champ.

Les critères d’efficacité du lactate d’halofuginone pris en compte ont été : la réduction de la diarrhée et la réduction de l’excrétion d’oocystes. Les résultats ont été soumis à des analyses statistiques adaptées.
 

2. RESULTATS


2.1 Prévalence de la cryptosporidiose 

2.1.1 Etude 1 (tableau 1)

Sur les 311 veaux âgés de 6 j en moyenne, inclus dans les lots traités Halocur® et Placebo (J0), 50% excrètent des cryptosporidies et ce pourcentage augmente jusqu’à 84 et 86% à J3 et J7 dans le lot Placebo. 16% des veaux âgés de 4 j excrètent des cryptosporidies et ce pourcentage augmente en fonction de l’âge pour atteindre 90 à 95% des veaux âgés de 8 à 10 j. La prévalence de la cryptosporidiose chez les veaux diarrhéiques (n= 151) est de 71,6% à J0 et atteint 95,9% à J3 dans le lot Placebo. La prévalence des agents pathogènes autres que C. parvum n’est que de 19% à J0 et diminue au cours du temps. L’analyse statistique des résultats montre que la probabilité de diarrhée à J0 est significativement plus élevée chez les veaux infectés par les cryptosporidies (score>1) que chez les veaux non infectés (score 0) (p<0,001). De même, elle est plus élevée chez les veaux infectés par des rotavirus (p=0,03) ou des coronavirus (p<0,001) que chez les veaux non infectés. Aucune relation entre diarrhée et E. coli K99 et Salmonella n’est établie lors de cette étude.

Tableau 1 : Prévalence (en %) de la cryptosporidiose chez des veaux (n = 311) âgés de 4 à 10 j à J0
 

 
HALOCUR (n = 158)
 
PLACEBO (n = 153)
 
J0
J3
J7
J14
 
J0
J3
J7
J14
C. parvum
48
79
80
25
 
53
84
86
28
E. coli K99
8,7
NR
0,7
0,7
 
3,5
NR
1,5
1,7
Rotavirus
15
NR
14
0,8
 
13
NR
11
13
Coronavirus
6,7
NR
2,2
0
 
6,9
NR
1,5
0
Salmonella
0
NR
1,4
0,7
 
0,7
NR
0
0

NR = Non Recherché

2.1.2 Etude 2 (tableau 2)

85% des 158 veaux inclus dans l’étude sont âgés de 24 à 48 h et seulement 15% ont entre 6 et 24 h. A J0 aucune cryptosporidie n’est retrouvée, excepté chez un animal de 12 h ; cette observation est probablement due à une contamination du prélèvement compte tenu de la durée du cycle parasitaire (3-4 j). E. coli et rotavirus sont présents chez 19,7 et 16,6 % des veaux mais aucun coronavirus n’est observé. Ces résultats sont conformes à ce que l’on peut attendre chez des veaux de cet âge. Dès J4, 42,5% des veaux non traités (Placebo) (âgés de 5 à 6 j) excrètent des cryptosporidies; ce pourcentage atteint 87,4% à J7 puis diminue à 64% à J14 et 1,4% à J21. Les E. coli restent stables ou diminuent alors que les rotavirus augmentent à J7 dans le lot Halocur® (26,3%), ou à J14 dans le lot Placebo (29,7%). Les coronavirus sont présents à J7 dans les 2 lots à moins de 10%.

Tableau 2 : Prévalence (en %) de la cryptosporidiose chez des veaux (n = 158) âgés de 24 à 48 h à J0 


 
HALOCUR (n = 78)
PLACEBO (n = 80)
 
J0
J4
J7
J14
J21
 
J0
J4
J7
J14
J21
C. parvum
1,3
20
49
78
22
 
0
43
87
64
1,4
E. coli K99
18
NR
16
12
NR
 
22
NR
9,2
18
NR
Rotavirus
18
NR
26
16
NR
 
15
NR
16
30
NR
Coronavirus
0
NR
9,2
1,4
NR
 
0
NR
7,9
0
NR
Salmonella
NR
NR
NR
NR
NR
 
NR
NR
NR
NR
NR

NR = Non Recherché

2.2 Effet sur l’excrétion oocystale 

2.2.1 Etude 1 : Traitement de veaux diarrhéiques (n=151) 

Figure 1 : Evolution des excrétions moyennes d'oocystes pour chaque lot (scores de 0 à 5)

L’effet spécifique du traitement Halocur® se traduit par une diminution très significative de l’excrétion d’oocystes (p=0,0005) sur toute la période étudiée. A J3, J7 et J14, 55,4%, 48,6% et 21,6% des veaux du lot Placebo excrètent un grand nombre d’oocystes (score 5) contre 40,3%, 33,8% et 10,4% dans le lot traité Halocur®, respectivement. 

2.2.2 Traitement préventif 

Figure 2 : Evolution des excrétions moyennes d'oocystes pour chaque lot (scores de 0 à 5)

L’effet du traitement Halocur® se traduit par une diminution hautement significative de l’excrétion d’oocystes (p= 0,0001) et du nombre de veaux excréteurs. A J7, 87,3% des veaux du lot Placebo excrètent des oocystes contre 48,7% dans le lot Halocur® soit une réduction de 44% ; cette réduction est de 78% si seules les excrétions les plus élevées (score 5) sont prises en compte. A J14, 8 j après l'arrêt du traitement, 78% des veaux excrètent des oocystes dans le lot Halocur® (effet rebond) contre 64% dans le lot Placebo. Cependant le score le plus élevé (5) ne concerne que 28,6% des veaux Halocur® à J14 contre 51,9% des veaux Placebo au pic à J7.

2.3 Effet sur la diarrhée 

2.3.1 Etude 1 : Traitement de veaux diarrhéiques (n=151) 

Figure 3 : Evolution  de J0 à J14 des scores fécaux  chez les veaux diarrhéiques à J0.

Dès J3, le traitement Halocur® provoque une diminution importante de 49% du nombre de veaux diarrhéiques et une réduction de la diarrhée (p=0,02). 18% des veaux seulement présentent une diarrhée liquide versus 31% dans le lot Placebo. La plupart des guérisons étaient observées dès J3 même si le bénéfice continu d’augmenter jusqu’à J7. Cet effet spécifique du traitement Halocur® est visible sur toute la période d’étude. Il est également observé sur l’ensemble des veaux (diarrhéiques + non diarrhéiques = 311 veaux à J0). Après 3 j de traitement, le nombre de veaux diarrhéiques (51%) n’augmente que très légèrement de 3% contre une augmentation de 31% de veaux diarrhéiques dans le lot Placebo (63,4% de veaux diarrhéiques). 

2.3.2 Traitement préventif

L’analyse statistique des scores fécaux indique que la diarrhée à J0 chez 13,9% des veaux peut-être attribuée à E. coli tandis que les manifestations cliniques qui apparaissent ultérieurement dans le lot Placebo peuvent être attribuée à la cryptosporidiose.

Figure 4: Evolution des scores fécaux moyens (scores 0 à 2)

On note un effet spécifique du traitement Halocur® sur l’évolution des scores fécaux sur toute la période de J0 à J21 (p= 0,0001). Une réduction maximale est observée à J7 chez 44% des veaux ; elle est de 65% si seuls les scores les plus élevés sont pris en compte (scores 2). 8 j après l’arrêt du traitement, l’effet rebond observé sur l’excrétion oocystale à J14 est sans incidence clinique puisque seulement 4% des veaux ont une diarrhée de score 2. 

3. DISCUSSION

Les résultats de ces 2 études montrent d’une part la prévalence élevée de la cryptosporidiose dans les diarrhées néonatales du veau  (85 à 90% des veaux âgés de 8 à 10 j sont contaminés et 95% des veaux diarrhéiques excrètent des oocystes) et d’autre part l’efficacité de l’Halocur® administré per os à 120µg de lactate d’halofuginone / kg / j pendant 7 j pour réduire le développement parasitaire et ses conséquences pour l’hôte.

3.1 Traitement des veaux diarrhéiques

Dans les conditions difficiles de l’essai où tous les veaux ont la diarrhée et 69,5% excrètent des oocystes, l’Halocur® permet de limiter très significativement la charge parasitaire (p=0,0005) et la diarrhée (p=0,02). Si nous retenons l’hypothèse que le produit agit essentiellement sur les phases libres du parasite, l’Halocur® ne peut pas empêcher l’excrétion des animaux contaminés avant le début du traitement ni diminuer le pourcentage des animaux qui excrètent mais il permet de limiter la charge parasitaire en prévenant probablement, les réinfections ou les rétroinfections. Cette diminution hautement significative de la charge parasitaire permet d’expliquer la diminution significative du nombre de veaux diarrhéiques et la réduction de l'importance de la diarrhée.

3.2 Traitement préventif

Dans cette étude l’Halocur® est administré en préventif, à des veaux âgés de moins de 48 h au début du traitement c’est-à-dire avant ou au moment de la contamination par C. parvum. Il est généralement admis que dans un environnement contaminé les veaux s’infectent dans les 2 premiers jours de vie. A J0 aucun veau n'excrète d’oocystes et la diarrhée observée chez 13,9% des veaux peut être attribuée à E. coli K99. Quelques veaux excrètent des oocystes dès l’âge de 5-6 j ce qui confirme une infection précoce et une contamination importante de l’environnement. L’Halocur® permet de réduire fortement l’excrétion malgré un effet " rebond " à J14. Le pic de cette reprise du développement parasitaire 8 j après l’arrêt du traitement est moins élevé que celui observé à J7 dans le lot Placebo, 28,6% excrètent avec un score de 5 contre 51,9% dans le lot Placebo. Cet effet " rebond " est sans conséquence clinique puisque seulement 4% présentent une diarrhée liquide. Les animaux, alors âgés de 15-16 j, sont moins sensibles à la cryptosporidiose avec une réponse immune spécifique plus efficace. L’efficacité de l’Halocur® s’est également traduite par une diminution des traitements concomitants autorisés, tels que les réhydratants par rapport au lot Placebo, traduisant indirectement la diminution de la diarrhée dans le lot traité à l’Halocur®.

4. CONCLUSION

Les résultats de ces 2 études menées en France en 1994 et 1996 montrent que les cryptosporidies sont des pathogènes majeurs dans les diarrhées néonatales des veaux en élevage allaitant. 90 à 95% des veaux âgés de 8 à 10 j excrètent des cryptosporidies alors que la prévalence des infections dues aux autres agents pathogènes ne dépasse pas 22% dans l’étude 1 datant de 1994 et 40% dans l’étude 2 réalisée en 1996. Cette forte prévalence en 1996 est principalement due à une augmentation des rotavirus à J7 et J14 dans les lots Halocur® (26%) et Placebo (30%) respectivement.

La nouvelle formulation HALOCUR® du lactate d'halofuginone s'administre facilement, sans dilution, par voie orale. Le traitement préconisé, bien toléré par l'animal, est de 120µg de lactate d’halofuginone / kg / jour pendant 7 j, soit 2ml d’Halocur® par 10kg de poids vif. La stabilité de la prévalence des infections par les autres agents pathogènes ou leurs variations identiques dans les 2 lots suggèrent que l’Halocur® n’a pas d’effet immunodépresseur qui pourrait favoriser le développement d’autres infections. L’étude 1 montre l’efficacité de l’Halocur® à réduire l’excrétion d’oocystes et la diarrhée. Pour une efficacité optimale, en milieu contaminé par C. parvum, l’étude 2 montre que les veaux doivent être traités dans les 48 premières heures avec l’Halocur® afin de diminuer très significativement le nombre d'animaux excréteurs, le nombre d'oocystes excrétés et la diarrhée, contribuant ainsi à réduire la contamination de l’environnement et les risques zoonotiques.
 

Références bibliographiques

Amadéo, J. et al. 1995. Bull.GTV, 1 B 35-41
Argenzio, R.A. et al. 1993. Gastroenterology 104, 440-447
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Création : Marie-Colette Fauré
8 février 2000
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Responsable de la publication : Jean-François Vautherot © 2003 - INRA Mise à jour : 30/01/04 Réalisation : M.E. Esnault