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Evolution du contrôle de l'hypodermose bovine en France


Le traitement de l’hypodermose

Alvinerie M., Toutain P.L.


Pharmacologie Toxicologie INRA- Toulouse, Unité Associée de Physiologie et Toxicologie Expérimentale ENV Toulouse

Les traitements curatifs

Ces traitements visent à détruire les larves lorsqu’elles sont en fin d’évolution larvaire au stade varon, alors que la majorité des dégâts ont été produits par ces parasites.

L’élimination manuelle ou chimique par application d’insecticides, au fur et à mesure de l’arrivée des différentes vagues de varons demande beaucoup de main d’oeuvre et beaucoup de rigueur. Avec l’arrivée des avermectines, moxydectines et abamectines au cours des années 80, les varons ont pu être éliminés après une seule injection en utilisant ces antiparasitaires à large spectre à la posologie de 200µg/kg. Mais ce type d’intervention tardive est devenu tout à fait exceptionnel compte tenu de l'intérêt des thérapeutiques basées sur l'utilisation précoce des microdoses.

Les traitements préventifs

Aujourd’hui, la cible des traitement est la larve de premier stade en migration, de septembre à février, dans le tissu conjonctif profond des bovins. En intervenant précocement au cours du cycle parasitaire les dégâts occasionnés par ces parasites sont limités. Par ailleurs, les ivermectines utilisées uniquement pour leur activité insecticide, se sont révélées particulièrement efficaces contre les larves endoparasite d’hypoderme à la posologie de 1à 2 µg/kg. Soit à une posologie 100 à 200 fois inférieure aux recommandations du fabricant (Argenté et Hillion, 1984; Drummond 1984). Des études de la pharmacocinétiques de ces microdoses d’ivermectines ont été réalisées (Alvinerie et col. 1994; 1997) et l’étude des résidus d’ivermectine dans le lait et les risques pour le consommateur liés à l’utilisation de l’Ivermectine dans le cadre du plan national de lutte contre l’hypodermose bovine analysés.

Comme pour toutes molécules utilisées à des fins thérapeutiques et ayant une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) pour les animaux de rente, les Autorités européennes et internationales ont fixé une dose journalière acceptable (DJA) d’ivermectine et des limites maximales pour les résidus (LMR) dans les tissus consommables. La DJA a été fixée à 60µg/jour pour une personne de 60 kg. A partir de cette DJA, les LMR ont été fixées pour le foie (100 µg/kg) et la graisse (40 µg/kg). En revanche, aucune LMR n’a été fixée pour le muscle (viande) car l’ivermectine est rapidement éliminée (non détectable) dans ce tissu.

La firme pharmaceutique responsable de la demande des LMR pour l’ivermectine n’a pas jugé nécessaire de demander une LMR pour le lait car pour la dose revendiquée par les AMM (200 µg/kg pour la voie sous-cutanée chez les bovins), les concentrations résiduelles d’ivermectine dans le lait conduiraient à l’ingestion de quantités d’ivermectine du même ordre de grandeur que la DJA. Une alternative pour la firme aurait consisté à formuler une préparation d’ivermectine pour traiter spécifiquement l’hypodermose avec une dose beaucoup plus faible (ex.:1 à 2 µg/kg) et à demander une LMR compatible avec cette indication.

Devant cette situation, des études réalisées par des organismes de recherche publique ont été entreprises pour évaluer les concentrations résiduelles d’ivermectine associées à un traitement par une microdose d’ivermectine (2 µg/kg). Cela a conduit à montrer que les concentrations dans le lait étaient inférieures à 0.7 µg/L avec une valeur moyenne des concentrations maximales de 0,27 ± 0,16 µg/L (Alvinerie et al. 1994).

L’apport potentiel d’ivermectine par le lait peut donc être calculé en prenant en compte la norme internationale en matière de consommation journalière de lait (qui a été fixée à une valeur de 1,5 L) par jour et les teneurs maximales en ivermectine retrouvées dans le lait issu de vaches traitées par une microdose (0,7 µg/L). Il apparaît qu’un consommateur qui consommerait 1,5 litres de lait issus d’une vache qui vient d’être traitée avec une microdose d’ivermectine ingérerait 1 µg d’ivermectine soit 1,75% de la dose journalière admissible. Pour des raisons de sécurité, la DGAL a retenu un seuil de décision pour les contrôles du lait de 2 µg/L ; cela veut dire que la DGAL a estimé que le consommateur pouvait être exposé par le lait à une quantité maximale d’ivermectine pouvant aller jusqu’à 3 µg/j (1,5 L x 2 µg/L) c’est à dire 5% de la DJA.

Compte tenu de ce seuil de décision, aucun délai d’attente n’a été prévu pour des vaches traitées avec une microdose puisque les concentrations en ivermectine qui ont été obtenues dans les essais étaient systématiquement inférieures au seuil de décision retenu.

Pour éclairer le débat, il importe également de prendre en compte que le traitement de l’hypodermose est saisonnier (1 microdose par an en automne). De même, il est pertinent de remarquer que pour l’ivermectine (Ivomec Bovin® solution injectable) la firme suggère un délai d’attente de 28 jours pour le lait (sous la rubrique délai d’attente du Dictionnaire des Médicaments Vétérinaires) et que sur les étiquettes de la spécialité on peut lire sous la rubrique " Précautions d’emploi " la phrase : " Ne pas traiter les vaches laitières en lactation ou moins de 28 jours avant le vêlage si le lait ou ses dérivés sont destinés à la consommation humaine ". En s’appuyant sur ces informations il a été réalisé un essai avec la dose de 200 µg/kg chez des vaches taries. Il a été montré que l’utilisation de l’ivermectine, en conformité avec les recommandations de l’AMM, pouvait conduire à la présence de résidus d’ivermectine dans le lait après la mise bas à des concentrations supérieures à celles qui résultent de l’utilisation d’une microdose (Alvinerie et al. 1997).

Il est également pertinent de signaler que l’ivermectine a été utilisée chez plusieurs millions d’hommes pour le traitement de l’onchocercose à la dose de 0,2 mg/kg et cela sans effets secondaires ; cette dose thérapeutique chez l’homme correspond à un apport en ivermectine égal à celui qui est obtenu avec au moins 17000 L de lait issus de vaches traitées avec une microdose soit l’équivalent pondéral de 31 ans de consommation de lait.

Références

  1. Argenté G., Hillion E.. Utilisations de petites doses d'Ivermectines pour le traitement préventif de l'hypodermose bovine.Le Point Vétérinaire, 1984, 16 (85) 62-66.

  2. Drumond R.O. Control of larvae of the common cattle grub with animal systemic insecticides. Jour nal of Economic Entomology , 1984, 77 (2) 402-406.

  3. Alvinerie M, Sutra JF, Galtier P & Toutain PL. Microdose d’ivermectine chez la vache laitière: concentrations plasmatiques et résidus dans le lait. Rev.Med.Vet., 1994, 145(10): 761-764.

  4. Alvinerie M, Sutra JF, Toutain PL. Résidus d’ivermectine dans le lait chez la vache laitière traitée pendant la période de tarissement avec la posologie recommandée par l’Autorisation de Mise sur le Marché. Rev. Med. Vet. 1997, 148 (2): 115-126.


Responsable de la publication : Jean-François Vautherot © 2003 - INRA Mise à jour : 19/03/04 Réalisation : M.C. Fauré