INTRODUCTION

" Grâce à cette lutte pour la vie, les variations, quelques faibles qu'elles soient et de quelque cause qu'elles proviennent, tendent à préserver les individus d'une espèce et se transmettent ordinairement à leur descendance, pourvu qu'elles soient utiles à ces individus dans leurs rapports infiniment complexes avec les autres êtres organisés et avec les conditions physiques de la vie. Les descendants auront, eux aussi, en vertu de ce fait, une plus grande chance de survivre, car sur les individus d'une espèce quelconque nés périodiquement, un bien petit nombre peut survivre. " Par cette citation datant de 1872, Darwin définit pour la première fois la notion de sélection naturelle qui est le processus conduisant à une meilleure adaptation des organismes à leur environnement. Le développement de la génétique a ensuite montré que ces adaptations ne pouvaient survenir que grâce à l'existence dans les populations, d'une variabilité générée par les processus de mutations au sens large (mutations sur l'ADN, mobilité de séquences d'ADN, etc.). Les relations existant entre un hôte et ses parasites sont le résultat d’une évolution conjointe (co-évolution) entre deux organismes dont l’un, l’hôte, constitue l'habitat vivant du second, le parasite (l'autre partie de son environnement étant le milieu extérieur durant sa phase de vie libre, pour les parasites à cycle direct). Toute modification intervenant au niveau de l’hôte doit conduire, si elle se répète, à la sélection chez le parasite, de phénotypes adaptés à ce nouvel environnement. L’utilisation de toxiques pour lutter contre les parasites est à l'origine d'une profonde modification de leur environnement à laquelle ils devront rapidement pouvoir s’adapter s’ils ne veulent pas disparaître. C'est dans le cadre très général des études consacrées aux mécanismes de la sélection naturelle que se placent nos travaux sur la résistance à une famille d’anthelminthiques (les benzimidazoles) chez un nématode (Teladorsagia circumcincta) parasite de petits ruminants. Depuis une cinquantaine d'années, l'utilisation en médecine et dans l'agriculture de plusieurs familles de composés pour lutter contre des organismes "indésirables" s'est largement développée (Taylor et Feyereisen, 1996). L'usage massif de ces composés s'est rapidement traduit par le développement de résistances à ces produits. A la fin des années 40, les premiers cas de résistance chez certaines bactéries pour un groupe d'antibiotiques, les sulphonamides (Towner, 1995) ou chez les insectes pour le DDT ou 1,1,1-Trichloro-2,2-bis(4-chlorophenyl)ethane (Roush, 1993) furent signalés. Plus récemment la grande faculté d'adaptation du virus HIV à plusieurs antiviraux a fait l'objet de nombreux travaux. La résistance aux anthelminthiques chez les parasites de mammifères bien que moins connue, est cependant largement répandue notamment chez les strongles digestifs parasites des ruminants domestiques. Ces nématodes sont responsables de baisses importantes de production (sur le lait et la viande) et même parfois de mortalité dans les élevages caprins et ovins (Chartier et Hoste, 1994). Le coût économique lié au parasitisme a conduit les éleveurs à utiliser des molécules leur permettant de limiter le développement des peuplements parasitaires. Le premier groupe de drogues utilisées a été celui des benzimidazoles dans les années 60. Il fut suivi dans les années 70, par celui des imidothiazoles puis par celui des lactones macrocycliques depuis les années 80 (Roos et al., 1993). Depuis, aucune nouvelle famille d'anthelminthiques n'est apparue alors que des résistances plus ou moins importantes ont été signalées pour tous ces produits. Devant l'absence de molécules nouvelles, il apparaît indispensable de mieux comprendre l'apparition et le développement de la résistance afin de tenter de la prévenir lorsque cela est encore possible, ou d'essayer de la gérer lorsqu'elle est déjà installée. La résistance à tous les anthelminthiques chez les strongles parasites étant un sujet beaucoup trop vaste à appréhender, nos travaux se sont centrés sur l'étude de la résistance aux benzimidazoles chez Teladorsagia circumcincta qui est un nématode parasite de chèvres et de moutons. Ce choix se justifie par le fait qu'en climat tempéré les benzimidazoles représentent le groupe d'anthelminthiques le plus communément utilisé par les éleveurs, et que T. circumcincta est l'espèce la plus fréquente chez les petits ruminants. Au cours de cette introduction, nous présenterons les différents éléments nécessaires à la compréhension du sujet et nous définirons de façon plus précise la problématique de ce travail. Pour ce faire, une présentation de la morphologie, de l'écologie et de l'épidémiologie des trichostrongles parasites sera proposée dans un premier temps. Elle sera suivie d'un exposé sur les différents moyens de lutte employés contre ces nématodes (en particulier l'usage des anthelminthiques). Enfin la résistance aux anthelminthiques sera abordée lors d'une brève description de la situation dans le monde, afin de montrer l’importance de ce phénomène, et par un point des connaissances sur les mécanismes de résistance à ces composés.

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