PROBLEMATIQUE

Nos travaux se sont toujours placés dans une double perspective. D’une part, les connaissances théoriques sur le phénomène de la résistance aux BZs nous intéressaient en tant que tel, car ce type de situation permet d’observer des processus sélectifs s’effectuant sur une courte échelle de temps ce qui n’est pas fréquent. D’autre part, l’amélioration de nos connaissances sur la résistance aux BZs devait nous permettre de proposer de nouvelles solutions plus pratiques destinées à limiter l’extension de ce phénomène. Dans le même ordre d’idée, il nous semble qu’une meilleure compréhension des mécanismes permettant le développement de la résistance aux BZs peut être utile pour tenter d’éviter que ce phénomène ne se reproduise avec les molécules encore efficaces. Les travaux sur les mécanismes moléculaires de la résistance aux BZs effectués chez H. contortus, ont montré qu’une réduction du polymorphisme du gène de la b-tubuline est observée dans les populations résistantes et qu’une mutation à l’acide aminé 200 de ce même gène joue un rôle important dans la résistance. Ces deux phénomènes sont présentés par les auteurs de ces travaux comme étant deux mécanismes différents et le rôle de la mutation semble largement sous estimé par certains d'entre-eux. La baisse du polymorphisme de la b-tubuline est interprétée comme résultant de la sélection d’allèle(s) conférant une meilleure résistance aux BZs. Mais si l’on poursuit cette interprétation, on aboutit logiquement à la conclusion que les allèles résistants devraient présenter une séquence nucléotidique différente de celle des allèles sensibles, ces différences se traduisant par une séquence peptidique qui leur serait propre. Hors, la seule mutation non silencieuse clairement identifiée chez les Trichostrongles est celle de l’acide aminé 200. La baisse observée du polymorphisme dans les populations résistantes pourrait provenir de la sélection d’individus portant un allèle muté au niveau de leur acide aminé 200. C’est cette hypothèse qui a justifié nos premiers travaux de thèse et nous a amené tout d’abord à développer un travail de séquençage du gène de la b-tubuline afin de rechercher chez T. circumcincta, si une mutation à l’acide aminé 200 de l’isotype 1 de ce gène était associée à la résistance aux BZs. Puis nous avons étudié la distribution de cette mutation dans diverses populations résistantes ou sensibles aux BZs. Dans un second temps, nous avons entrepris une étude comparée du polymorphisme de cet isotype dans des populations naturelles de T. circumcincta résistantes ou sensibles aux BZs. En effet, l’un des biais des études précédemment effectuées sur ce sujet est qu’elles reposaient pour la plupart d’entre elles, sur des populations parasites maintenues au laboratoire depuis de nombreuses années. Suite à ces travaux, il semblait ensuite logique de s’intéresser à l’origine des allèles impliqués dans la résistance aux BZs. Chez H. contortus, les résultats obtenus lors des études sur le polymorphisme du gène de la b-tubuline suggéraient que les allèles impliqués dans la résistance étaient les mêmes dans les diverses populations résistantes étudiées. Cependant ces résultats ne permettaient pas de déterminer si la résistance provenait de la sélection d’allèles présents depuis longtemps dans ces populations (avant la constitution des troupeaux) ou si des processus migratoires expliquaient la dispersion du même allèle dans les différents élevages. Cette question est naturellement fondamentale dans une perspective de gestion de la résistance dans les élevages, et de préservation des élevages encore sensibles aux BZs. Enfin, la dernière partie de nos travaux s’est intéressée à la valeur sélective (fitness) comparée des individus portant les allèles mutants ou sauvages. Le gène de la b-tubuline est l’un des plus conservés chez les Eucaryotes ce qui peut s'expliquer par l’existence d’une forte contre-sélection des mutations non silencieuses intervenant sur ce gène. Cette contre-sélection s’effectue parce que les mutants présentent une moins bonne valeur sélective que les individus sauvages, cette différence se traduisant par leur élimination plus ou moins rapide des populations. Si une ou plusieurs mutations sur le gène de la b-tubuline sont impliquées dans la résistance aux BZs, il faut alors essayer de montrer, si en absence de pression de sélection consécutif à l'arrêt des traitements par les BZs, ces mutations ne provoquent pas une diminution de la fitness chez les individus les portant. Dans un tel cas, ces différences pourraient être exploitées dans des perspectives plus appliquées de restauration de la sensibilité dans des élevages actuellement résistants aux BZs par exemple.

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